L'Aisne avec DSK

13 octobre 2008

Justice, écologie, rigueur.

Bonjour à toutes et à tous.

J'ai parcouru les bonnes feuilles du dernier ouvrage de Jean Peyrelevade, "Sarkozy: l'erreur historique". L'homme m'intéresse, je me sens assez proche de ses idées, avec cependant des réserves. Il a été banquier, conseiller de Mauroy, aujourd'hui proche de Bayrou. Quand je vous dis que c'est quelqu'un d'intéressant! Un mélange de Barre et de Rocard, voilà comment je le définirais, et antisarkozyste absolu, ce qui ne gâche rien.

Sur Sarkozy, il dit ce que nous savons déjà: un agitateur, un inconstant, un démagogue. Il souligne surtout ce qui se dit beaucoup moins: sa politique est une fausse rupture, Sarkozy est l'héritier de Chirac et de son laxisme économique. A l'entendre, et pour reprendre son slogan présidentiel, tout est possible, très vite, pour ne pas dire immédiatement, il suffit de le vouloir. Voilà l'arnaque, l'illusion.

Originale aussi la filiation que Peyrelevade établit entre la gauche et la droite, toutes les deux victimes de la même "pensée unique", non pas celle qu'on croit, le libéralisme (regardez, c'est la crise, à part Madelin, plus personne n'est libéral, même pas Sarkozy!), mais l'idée que la relance économique s'obtient par la demande, c'est-à-dire l'augmentation du pouvoir d'achat et de la consommation. 1981-2007, même problématique économique, même fausse solution.

Que faire alors? D'abord prendre conscience de l'état de la France, qui est très mauvais: déficit budgétaire, déficit commercial, niveau de chômage important, croissance insuffisante, productivité à la baisse, investissement médiocre, en Europe la France bat de tristes records. Quelle est la racine du mal? Nous vivons au dessus de nos moyens. Les américains aussi? L'Amérique a des ressources que nous n'avons pas, et puis mieux vaut ne pas suivre le mauvais exemple.

Que propose Peyrelevade pour remédier à tout ça? Un discours de l'effort, du sacrifice, de la rigueur dans la gestion des affaires publiques, dont on comprend qu'il passe mal, à droite comme à gauche (et chez moi parfois!). Vivre selon ses moyens, renoncer à des gains immédiats, inscrire l'action politique dans le temps. On pense bien sûr à Raymond Barre ou à Jacques Delors, ça me plaît bien quand même.

L'impératif? Rétablir la compétitivité de notre appareil productif, tout part de là. Mener donc des changements structurels, pas conjoncturels. Entre l'investissement et la consommation, il faut choisir, en faveur du premier. Les plus fortunés doivent faire un effort, par l'instauration d'une ou deux tranches marginales supplémentaires à l'impôt sur le revenu, avec la contrepartie de la suppression de l'impôt sur la fortune, jugé discriminant et inutile. A condition de redurcir le barème des droits de succession. Les stock-options seraient supprimées et remplacées par une rémunération moins dépendantes des aléas boursiers.

Ce que j'apprécie chez Peyrelevade, c'est cette gauche réaliste, qui vise à l'efficacité économique et qui est socialement équilibrée. Son modèle, c'est l'Allemagne: en trois ans, les comptes sociaux ont été remis en ordre, le budget rétabli, les marges des entreprises augmentées, la progression des salaires pas supérieure à celle de la productivité, la production industrielle relancée, les exportations réactivées. A ces conditions, la demande interne et la consommation des ménages peuvent être soutenues. Mais ne faisons pas, comme chez nous, l'inverse. Car la France est aujourd'hui affaiblie, alors que l'Allemagne est devenue puissante.

Qu'est-ce qui permet à la France de vivre ainsi dans l'insouciance et l'illusion, maudissant cette crise financière mondiale dont elle se sert comme d'un bouc émissaire? L'euro, répond Peyrelevade, ce mal aimé qui nous permet pourtant d'échapper à la contrainte extérieure, de stagner dans une douce et dangereuse tranquillité. Avant, nous étions obligés de dévaluer, c'était la sanction de notre inconscience économique. Aujourd'hui, il suffit de pester contre les taux de la BCE, contre les critères du pacte de stabilité, et le tour est joué... mais rien ne bouge.

J'approuve ce discours, cette analyse, ces propositions, mais elles ne se suffisent pas à elles mêmes, car il ne faut pas que l'effort réclamé devienne culpabilisateur, il ne faut pas que la rigueur se transforme en ascétisme, bref, il ne faut pas verser dans le moralisme. Je crois que la gauche à construire devra puiser à trois sources, indissociables si l'on veut que cette gauche reste de gauche:

1- La justice sociale, d'inspiration sociale-démocrate, la redistribution en faveur des plus faibles et des classes modestes.

2- La remise en cause de la consommation, d'inspiration écologiste, tant il est vrai que la France ne peut plus vivre dans la folie du crédit, qui ne rend pas plus heureux.

3- La rigueur de la gestion économique, d'inspiration démocrate-chrétienne, tel que Peyrelevade nous en parle.

Une gauche reposant sur ces trois bases, justice, écologie, rigueur, redeviendrait une gauche conquérante et donc gagnante, s'opposant de façon originale et crédible à la droite.


Bonne matinée.

3 Comments:

  • Rétablir la compétitivité de notre appareil productif, tout part de là. Effectivement, cela implique de vendre sur le marché mondial de nouveaux produits performants et innovants à bon prix. C'est bien de s'en rendre compte.

    By Blogger jpbb, at 7:28 PM  

  • " Un philosophe est un inventeur de concepts »

    Ça se discute; on peut également envisager de définir le cadre dans lequel l'esprit vit, et inventer des concepts pour y parvenir.

    By Blogger jpbb, at 9:18 PM  

  • Tout se discute, mon cher Jpbb, surtout en philosophie.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:20 PM  

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