L'Aisne avec DSK

30 décembre 2009

2009, année maussade.

Bonsoir à toutes et à tous.

Je ne sais pas si c'est la pluie qui tombe en ce moment sur Saint-Quentin qui m'inspire cette réaction, mais l'année 2009 qui s'achève m'apparaît rétrospectivement très maussade. Il y a d'abord eu, dans les premiers mois, en janvier et mars, ce formidable mouvement populaire et social qui, à l'appel des syndicats unis, a fait descendre les Français dans la rue, en réaction à la crise financière mondiale. Et puis ... plus rien, aucun résultat, le gouvernement n'a pas cédé, rien accordé. Première raison d'être maussade.

La deuxième, c'est bien sûr le résultat des élections européennes, très mauvais pour la social-démocratie dans tous les pays, mais très mauvais aussi pour la gauche radicale. Comme si les peuples, dans une situation pourtant économiquement difficile prouvant les impasses et limites du capitalisme, faisaient malgré tout confiance aux partis de droite ! Il y a de quoi l'avoir mauvaise, et maussade ...

A Saint-Quentin, ce n'est guère mieux, et comme ça ne peut pas être pire, on se console comme on peut, mais quelle année ! La droite locale continue tranquillement de dominer, avec ses 60% à la dernière élection, et l'opposition de gauche poursuit sur sa lancée, dont vous savez ce que je pense. Les deux événements de l'année sont à droite : d'abord la venue historique de Nicolas Sarkozy, qui nous a rappelé sa capacité écrasante de mobilisation, que seuls les aveugles ne veulent pas voir ; ensuite la victoire de Pascale Gruny aux européennes, d'autant plus humiliante pour nous qu'elle prend en quelque sorte la place de notre députée. Maussade et désespérant. Mais comme nous avons l'habitude, nous finissons par ne plus trop y faire attention ...

Je ne veux pas vous quitter ce soir sur une note aussi pessimiste, vous risqueriez de faire des cauchemars. Si 2009 a été maussade, qui sait si 2010 ne sera pas joyeuse ? Il y a les régionales, où les socialistes peuvent espérer gagner. Et puis, nous préparerons, du moins je l'espère, les cantonales de l'année qui suivra. Là, l'occasion nous sera donnée, si nous savons la saisir, de battre la droite en choisissant assez tôt nos candidats, en préparant assez vite la campagne dans les deux cantons renouvelables. La pluie peut cesser, les nuages se dissiper, une trouée apparaître et quelques rayons de soleil nous réchauffer. J'y crois, c'est tout le mal que je souhaite à la gauche locale.


Bonne soirée.

Un coup de tonnerre.

Bonjour à toutes et à tous.

Il peut y avoir de l'orage en plein hiver, et un coup de tonnerre dans le ciel politique à deux jours du réveillon. Les paresseux et les fatigués qui croient en la trêve des confiseurs en seront encore pour leurs frais. La décision du Conseil constitutionnel à propos de la taxe carbone va les tirer de leur torpeur vacancière. Décidément, la politique n'épargne personne, surtout ceux qui n'en font pas en laissant croire le contraire. De cette invalidation, je retiens six réflexions :

1- Il est toujours réjouissant de voir la République fonctionner. Car ce régime n'est pas la gouvernance d'un seul, même mandaté par le peuple ; c'est un système de pouvoirs et contre-pouvoirs démocratiques, dont le Conseil présidé par Jean-Louis Debré et chargé de vérifier la validité des lois est l'un des rouages essentiels. Il est bon de le rappeler.

2- Sarkozy termine l'année par un camouflet, suscité par le Parti socialiste, puisque c'est nous qui avions fait appel au Conseil constitutionnel. C'est bon à prendre quand on est de gauche. Un cadeau de Noël après la date, en quelque sorte. Et puis, l'événement confirme ce que la droite infirme : il y a une opposition dans ce pays, elle est conduite par le Parti socialiste, elle fait son travail d'opposition.

3- Sur le fond, comprenons bien que la taxe carbone n'est pas rejetée dans son principe mais dans ses modalités. Le Conseil constitutionnel ne se prononce pas sur le contenu d'une loi, sur son bien fondé politique mais sur sa forme juridique, en l'occurrence irrecevable.

4- Ce qui cloche et qu'a repéré le Conseil constitutionnel, c'est que cette loi, l'une des plus importantes de son quinquennat selon Sarkozy, multiplie à l'excès les exonérations et dérogations, qui font que l'exception ne confirme plus la règle mais devient quasiment la règle. Ce travers est d'ailleurs celui de nombreuses lois aujourd'hui, et contraire à ce que Montesquieu appelait "l'esprit des lois", dont le respect est fondamental en République : l'universalité de la loi, l'égalité de tous devant la loi (c'est pourquoi, soit dit en passant, une loi interdisant la burqa me semblerait anticonstitutionnel, c'est-à-dire anti-républicaine).

5- Cette tendance à s'éloigner de la loi et à favoriser le privilège est profondément contemporaine, et nous aurons du mal à nous en débarrasser : c'est l'individualisme qui en est le ressort, l'éloignement du sens collectif, de l'intérêt général. Tout le monde est d'accord pour instaurer une taxe carbone mais personne ne veut la payer et chacun s'emploie à justifier que c'est à l'autre et pas à soi de verser son écot.

6- La gauche doit se saisir de cet échec de la droite pour promouvoir l'écologie dans la campagne des régionales. Jusqu'à présent, nous avons trop dépendu des thèmes imposés par l'adversaire (essentiellement la fiscalité). Montrons que l'impôt a son utilité, précisément en matière de sauvetage de la planète et de notre avenir. D'autant que le souci de l'environnement se traite aussi à l'échelle régionale et qu'il est transversal à bien d'autres domaines.


Bonne journée.

29 décembre 2009

Ces années-là.

Bonsoir à toutes et à tous.

Dans trois jours, nous changerons non seulement d'année mais de décennie. Je me suis amusé à résumer les précédentes en un seul mot. J'ai commencé à partir de celle que je connais, celle de mon adolescence : les années 70. Le terme qui s'impose : libération. C'était le journal du même nom, qui m'a beaucoup marqué, mais surtout toutes les formes de libération possibles et imaginables. Et le début de la décennie suivante nous a même libérés de la droite, qui dominait depuis un quart de siècle c'est-à-dire une éternité !

Les années 80, je n'hésite pas non plus : argent est le mot qui convient à l'époque, dont Bernard Tapie était le roi. La gauche se convertissait à l'économie de marché, Fabius défendait "la France qui gagne" et "l'esprit d'entreprise", le fric investissait et bouleversait le paysage audio-visuel (devenu odieux-visuel ?). C'est en tout cas comme ça que j'ai perçu ces années-là.

Et puis est venue la décennie 90. Et là, je ne sais pourquoi, mais je cale, je n'arrive pas précisément à les identifier, je ne trouve aucun mot qui les caractérise. Peut-être pouvez-vous m'aider ? Les années 2 000, celles dont nous sommes en train de vivre les dernières heures, no problem : technologie, c'est le maître-mot, et c'est déjà ainsi qu'on se les représentait trente ans auparavant, quand j'étais gamin. Nous avons la tête pleine de téléphone mobile, ordinateur portable, internet, télévision numérique et tout le reste. C'est très chouette, nous sommes beaucoup mieux informés que dans ma jeunesse, mais je ne suis pas certain qu'on soient devenus beaucoup plus intelligents.

Mon âge me donne un recul de quarante ans (qu'est-ce que c'est bien de vieillir ! Ça rend inexcusable d'être con ...). Par comparaison, il y a UN phénomène, un seul, que je n'imaginais pas alors : c'est la persistance et même la remontée des religions. Dans les années 70, la déchristianisation allait bon train, ceux qui allaient à la messe faisaient sourire et les seules formes de spiritualités conquérantes, unanimement condamnées, étaient les sectes. Aujourd'hui, le catholicisme reprend du poil de la bête, les églises évangéliques se développent à la vitesse grand V et l'islam radical fait l'Histoire. Il y a eu pourtant des signes avant-coureurs il y a trente ans : le musulman Khomeini renversant le régime pro-américain d'Iran, le catholique Walesa sonnant le glas du communisme en Europe.

Et les années 2 010, vous les sentez comment ? Je ne fais pas trop dans le genre prophétique, mais j'ai l'impression que le mot écologie pourrait bien s'imposer dans la décennie qui vient. Mais allez savoir ...


Bonne soirée.

La fin des convictions.

Bonjour à toutes et à tous.

En lisant la presse en retard depuis mon départ pour le Berry, je suis affligé et confirmé : c'est en politique la fin des convictions. Jean-Luc Belpaume, gremetzien, a rejoint le NPA parce qu'il n'avait pas de place éligible à "Colère et Espoir" ; Olivier Chapuis-Roux, communiste, a rejoint le MUP de Robert Hue au lieu de suivre ses camarades dans le Front de Gauche, parce qu'il veut conserver sa vice-présidence régionale ; Jean-Luc Lefebvre, maire PS d'Airaines, a rejoint les gremetziens parce qu'il n'a pas trouvé une bonne place sur la liste socialiste.

Tout cela me débecte. Il n'est pas interdit de changer de convictions, et même du tout au tout, car la vie est ainsi faite. Mais ces revirements au moment d'une élection, parce qu'on n'a pas eu ce qu'on voulait ou qu'on tient à conserver ce qu'on a, non, non et non ! C'est humain, je ne le conteste pas. Mais c'est petit, très petit, et l'existence est faite pour les grandes choses, pas pour les petites, qui sont méprisables.

Vous me direz peut-être que ces retournements de dernière minute sont aussi anciens que la politique ? Non, depuis quelques années, le phénomène s'est généralisé, il ne surprend plus guère. J'y vois deux raisons quasi culturelles : les engagements idéologiques ont perdu de leur force, les comportements individualistes priment sur tout le reste. Constat identique à propos des alliances : dans un même parti, les uns vont s'allier aux centristes, les autres aux lambertistes, au détriment de toute cohérence politique, pourvu qu'au tiroir-caisse des sièges, les places tombent dans l'escarcelle.

Où cela va-t-il nous conduire ? A un paysage politique où les grands partis auront moins d'importance que les petites structures, puisque ces dernières permettront plus facilement d'accéder à un poste éligible que l'ascension longue, difficile et tortueuse d'un appareil. A des alliances à la carte, localisées, intéressées, paradoxales, comme on l'a vu à Saint-Quentin pour les dernières municipales. Ce monde politique-là, il ne me réjouit pas, je n'en veux pas. Mais il s'installe. Je ne réussirai peut-être jamais en politique, du moins je n'aurai pas accepté ça.


Bonne journée.

28 décembre 2009

Rien à redire.

Bonsoir à toutes et à tous.

De retour à l'instant du Berry, je vais faire un peu dans la facilité, mais aussi dans l'efficacité, en vous proposant quelques extraits d'un article fort utile, repéré hier dans le Journal du Dimanche, page 22. C'est à propos de la loi interdisant la burqa, sur laquelle la droite va focaliser son action politique en début d'année. Je veux redire pourquoi il ne faut pas que la gauche tombe dans ce piège, en m'aidant cette fois de l'avis éclairé d'un constitutionnaliste, Dominique Rousseau. Appréciez l'argumentation :

1- "La loi est un texte général et impersonnel qui ne règle pas les cas particuliers. Or les femmes qui portent la burqa le font pour des motifs différents".

2- "Nous avons déjà, dans notre pays, des lois et des décrets qui permettent de régler cette question".

3- "Le trouble à l'ordre public est une notion qu'il faut manier avec prudence. Quand une femme se promène dans la rue avec une burqa, y a-t-il des bagarres ? Des agressions ? Un attroupement sur la voie publique ? Un blocage de la circulation ? La réponse est non".

4- "Une loi qui interdirait, de manière générale et absolue, le port de la burqa dans l'espace public risquerait la censure du Conseil constitutionnel, justement sur le fondement de l'article 10 [ de la Déclaration des Droits de l'Homme ] qui protège l'expression des opinions, même religieuses".

5- "Arrêtons de penser que tous les problèmes de notre société peuvent être réglés par la loi".

Je ne trouve rien à redire, rien à ajouter à tout ça, frappé au coin du bon sens, de la saine réflexion et de la laïcité bien comprise. La burqa provoque des débats passionnels. Dépassionnons le débat. Quant à ceux qui veulent faire sur ce sujet bras dessus bras dessous avec Sarkozy et Copé, qu'ils fassent. Mais sans moi.


Bonne soirée.

27 décembre 2009

La mémoire des autres.

Bonjour à toutes et à tous.

L'action politique procédant de la durée, elle n'existe pas sans la mémoire de ce qu'on fait et de ce qu'on est. Quand j'étais secrétaire de la section socialiste, je tenais tout particulièrement à ce que nous conservions des archives. Je les ai transmises à mon successeur, je ne sais pas ce qu'elles sont devenues.

A Saint-Quentin, j'ai le désagréable sentiment que la continuité n'existe pas, que les majorités de gauche qui se suivent se positionnent en opposition avec le passé, et pas dans son prolongement. Il y a là une façon de se diviser qui est aussi préjudiciable que les divisions sur l'instant. Notre mémoire est fragmentée. Le sens politique n'est lisible qu'à quelques militants très impliqués.

Pour l'opinion, c'est incompréhensible. Si nous échouons à chaque rendez-vous électoral, c'est aussi à cause de ça. A Saint-Quentin, il y a une mémoire de droite, une histoire communiste, il n'y a pas de récit socialiste. C'est la mémoire des autres, pas la nôtre.

Si je vous dis tout ça, c'est que je viens de lire ce matin une passionnante petite brochure éditée par la CGT du Saint-Amandois et rédigée par celui qui a été longtemps son secrétaire, communiste comme il se doit : Jean-Claude Coffin. Vous prenez Jean-Luc Tournay, vous lui rasez la moustache, vous teignez ses cheveux en blanc et vous ajoutez quelques années de plus sur son visage, vous aurez le portrait et surtout la carrure de Jean-Claude Coffin ! Voilà quelques éléments marquants que j'ai piochés dans son "Mouvement ouvrier dans le Saint-Amandois" :

1- A l'origine, il y a plus d'un siècle, ce sont des syndicats de ... bûcherons qui ont mis en place dans ce coin du Cher l'organisation cégétiste.

2- Saint-Amand a échappé à la révolution industrielle, à la différence des autres grandes villes du Berry. Le patronat voulait préserver son marché de l'emploi et ne pas se voir concurrencé par l'exode rural et l'implantation de nouvelles entreprises.

3- Il en a résulté un comportement très paternaliste des chefs d'entreprise, avec chez certains la forte incitation à participer à la messe, surtout en direction des femmes de salariés.

4- 1968 a mobilisé, mais dans le calme. Seul le patron de la grosse imprimerie Bussière a perdu son chapeau, bousculé par un cégétiste !

5- Deux figures "historiques" se détachent dans cette ville oubliée par l'Histoire : Robert Lazurick, député-maire SFIO avant guerre pour devenir patron du très droitier journal "L'Aurore" après guerre. A droite, c'est Maurice Papon, de sinistre mémoire, qui a été maire de 1968 à ... 1983. Pour redorer le blason de la ville, il y a ces admirables militants de la CGT dont Coffin nous présente la courte biographie.

C'est vieux tout ça ? Oui mais ça explique beaucoup de choses d'aujourd'hui, car les ramifications sont toujours là et plongent encore dans l'avenir. On ne bâtit rien sur rien. Si les socialistes saint-amandois comme les saint-quentinois ont souvent raté les rendez-vous avec l'Histoire, c'est qu'ils n'avaient plus, c'est qu'ils n'ont toujours pas d'histoire, des références, des racines, de grandes figures ... et des archives. On ne peut pas vivre, surtout on ne peut pas gagner avec la mémoire des autres.


Bon dimanche.

26 décembre 2009

Lendemains de Noël.

Bonjour à toutes et à tous.

J'ai changé ce matin de troquet pour le petit déj, je suis retourné cette fois dans le centre-ville bourgeois et son café non moins bourgeois, La Rotonde, qui en impose comme notre Carillon à Saint-Quentin, qui est comme lui l'endroit où aiment à se montrer vrais et faux bourgeois. Moi c'est surtout pour la presse que j'y vais. Il ne se passe pas grand-chose ici et dans le monde, je vous fais donc ma petite revue de presse locale.

D'abord pour remarquer que l'agence locale de la Nouvelle République a fermé. Il se passe un peu ce qui va arriver chez nous avec L'Union. Reste donc le Berry Républicain, quotidien, et l'Echo du Berry, hebdomadaire, dans lesquels j'ai pioché ces trois petites "infos" :

1- Le Berry est à onze heures de la Chine. Mais oui, c'est incroyable, je n'en reviens pas ! Le centre paumé de la France n'est pas si loin du bout lointain du monde, à peine une demi-journée, moins qu'il n'en faut pour une grande balade en vélo à travers la région. C"est avec ce genre de constat que la mondialisation prend tous son sens ... et fait peur à certains. Le trajet se fait bien sûr en avion, à partir de l'aéroport de Châteauroux, qui n'embarque cependant pas de passagers, que de la marchandise. N'empêche que la réalité est là et que ça fait tout drôle ! On m'aurait dit ça quand j'étais enfant, la Chine à onze heures du Berry ...

2- Dans le Saint-Amandois comme dans d'autres territoires, les élus ne jurent que par le "développement", ambition noble mais mot un peu magique. Quatre villages se sont associés pour exploiter le filon de l'endroit, qui n'en a pas tant que ça : la sortie d'autoroute, l'étape vers le grand Midi. Comment utiliser cet atout ? Un projet grandiose a pointé du nez il y a deux ans : centre commercial, entreprise de logistique, hôtel, restauration, loisirs, magasins, et même un casino. Le grand jeu, quoi ! Mais aujourd'hui rien ne va plus, la montagne a accouché d'un petit Mickey. Trêve de plaisanterie, cette péripétie pose le problème des "projets" de territoire, qui sont indispensables mais doivent être faisables. Peut-on reprocher à ces imprudents élus d'avoir été exagérément ambitieux ? Sans doute pas ...

3- Je termine cette revue de presse du Bas Berry d'après Noël par un fait amusant et intéressant. A Vierzon, la messe de minuit a été célébrée par un prêtre africain (ce n'est pas si rare, même ici : l'évangélisation se fait en sens inverse des siècles précédents !). Mais le plus surprenant est ailleurs : la cérémonie s'est déroulée dans une salle de spectacle, à la suite d'un show d'acrobates et de danseuses aux seins nus ! Je n'invente pas ! Les seins puis les saints, qui dira que le Berry n'innove pas ! Est-ce sacrilège ? Je ne pense pas. Toutes les créatures de Dieu, selon le point de vue chrétien, méritent d'être honorées, car toutes ont leur beauté. Et puis, est-ce si grave ? Les missionnaires en leur temps ont fait parfois plus contestable pour convertir les indigènes ...

Mais peut-être suis-je trop indulgent envers une église légèrement frivole et des élus qui voient trop grand ? Mettez-ça sur le compte de l'esprit pacifiant de Noël et profitez-en, ça ne durera sûrement pas.


Bonne journée.

25 décembre 2009

Histoires de bourgeois.

Bonsoir à toutes et à tous.

Ouf, l'@rrêt.net était ouverte en ce jour de Noël, mais en soirée ! (pour comprendre, voir dans les archives mes précédentes aventures berrichonnes). Ce matin, pas facile de trouver un troquet pour le petit déj. J'ai déniché un bistro populo comme je les aime. Quel formidable observatoire des comportements humains ! Il y en a qui attaquent la journée au blanc, et pas un seul verre ! D"autres viennent gratter pour gagner quelques sous qu'évidemment ils perdent. Quelle misère ! Quelques bons bourgeois mal réveillés, à cause du réveillon ou de la messe de minuit, achètent la presse ou des cigarettes. Tout ça est passionnant, j'y retournerai peut-être demain.

En parlant de bourgeois, je crois vraiment que la gauche ne s'en sortira qu'en nous reparlant des classes sociales. Pas exclusivement certes, mais un peu quand même, car l'analyse sociale est une composante de la culture de gauche. On n'ose plus aujourd'hui certains mots, et on a bien tort : classe ouvrière, grande bourgeoisie, oui ça existe et il faut en parler, comme la droite n'hésite pas à réactiver son vocabulaire de base, autorité, identité nationale et tout le ramdam.

Si je vous dis ça, ce n'est pas uniquement parce que j'ai vu et vécu, ce matin, dans un bar paumé d'un coin du Berry, les différences sociales presque inscrites sur les visages, flagrantes dans les comportements, les vêtements et les conversations. C'est surtout parce que nous assistons depuis quelques année, dans l'opinion publique la plus large, dans ce qu'on peut appeler aussi l'air du temps, à un refoulement, à un déni de cette réalité sociale et de sa structuration en classes (et pas besoin d'être marxiste pour admettre que les classes sociales, leurs cultures propres, leurs intérêts spécifiques sont des évidences indiscutables).

Et si j'insiste, c'est que j'ai une petite anecdote grandement significative à vous soumettre. C'était lundi, lors de mon Ciné Philo, pendant le débat autour du film Rapt, inspiré par l'enlèvement du baron Empain, avec dans la salle pas mal de psys, que j'avais invités pour évoquer le thème de l'enfermement et du retour à la vie normale. Mais cette lecture (psychologique) n'en interdit pas d'autres, d'autant que le film est assez riche : morale, économique, politique et ... sociale, puisque l'univers de la grande bourgeoisie y est décrit sans complaisance ni caricature.

J'ai donc fait un petit laïus, assez banal, sur les us et coutumes du monde bourgeois tel que Rapt nous le présente. Que n'avais-je pas dit ! Personne n'a repris ma modeste analyse, je me suis même vu, non pas contredire, mais disqualifié dans mon intention de poser le débat en termes sociologiques. Pour la salle, pourtant orientée plutôt à gauche, il ne fallait jurer que par l'approche psychologique.

J'ai bien sûr beaucoup de respect pour la psychologie, mais elle n'explique pas tout. Et puis, elle écarte généralement la dimension collective, donc politique, des problèmes. Qu 'on fasse donc un peu sa place à la sociologie et à la grille d'analyse des classes sociales. Car la culture de droite, qui réduit les conflits sociaux à des problèmes individuels, parfois moraux, ne peut que prendre comme pain béni la suprématie actuelle de la psychologie.


Bonne soirée.


PS : n'oubliez pas de me tenir au courant des nouvelles de Saint-Quentin et de l'Aisne.

23 décembre 2009

Lagarde met le feu.

Bonjour à toutes et à tous.

La fin d'année, c'est le temps des palmarès. Parmi eux, celui des politiques. Surprise, Christine Lagarde arrive souvent en tête. Pour les auditeurs de RTL, elle est même en deuxième position des personnalités, derrière Johnny ! J'aurais plutôt vu Borloo le sympa, Rama la rebelle ou Hirsch l'idéaliste. Mais non, c'est la ministre de l'économie et des finances, alors que son domaine n'est pas trop flambant avec la crise. Et puis, la personnalité de la grande Christine n'est pas haute en couleurs, elle ne fait pas vraiment parler d'elle. Comment expliquer cette surprenante popularité, qui fait dire à certains qu'ils la verraient bien Premier ministre ? J'y vois cinq raisons :

1- Un nom commun. C'est très secondaire, c'est même un peu bête mais ce n'est pas rien, le nom qu'on porte et l'effet qu'il produit. Avec Freud et Lacan, nous savons que le signifiant a son importance. Ségolène Royal fait autrement rêver qu'Adèle Michu. Christine Lagarde, c'est banal, mais du coup c'est rassurant, on s'y reconnaît. Et puis, Lagarde, c'est une vigie, une surveillance, une protection. Les Français d'aujourd'hui ont hélas besoin de ça, plus que de beaux rêves ou de grands projets. De Gaulle, autre nom prédestiné, ferait un bide à notre époque.

2- Une grande bourgeoise. Ce n'est pas parce que le nom est commun que la situation sociale l'est aussi. Christine Lagarde est un des meilleurs produits de la grande bourgeoisie. Elle le porte dans son allure, elle l'exprime dans son langage, elle en a la profession, femme d'affaires. Elle frôlerait presque la caricature. Eh bien, les Français, qui ont fait pourtant la révolution et se sont révoltés de nombreuses fois, conservent une certaine fascination pour les gens de la Haute, si simples, si bons, si dévoués ... Quand leurs yatchs viennent mouiller dans quelques criques de la Côte d'Azur, le peuple s'empresse d'aller voir. Nous sommes comme ça, coupeurs de têtes et faiseurs de rois. La classe, la distinction, on aime, même quand on s'en défend.

3- Une politique non politique. C'est une autre facette que les Français adorent, un plaisant paradoxe : nous apprécions les politiques surtout quand ils ne font pas de politique. Sinon on crache dessus. Lagarde, on ne la voit pas dans un meeting UMP, à la tribune, encore moins collant des affiches ou distribuant des tracts, ni même faire campagne et assurer un mandat d'élu (elle est seulement conseillère municipale à Paris, et depuis l'an dernier !). Au gouvernement, à ses débuts, elle a fait des bourdes, n'étant pas du sérail. Les Français lui pardonnent et apprécient.

4- La compétence. C'est tout ce qui lui reste quand le superflu est enlevé. Mais quel beau reste ! Les Français sentent intuitivement qu'ils n'ont pas besoin de discoureurs ou d'idéologues pour conduire le pays, que pour sortir d'une crise économique il faut faire appel à des économistes, Lagarde à droite, Strauss-Kahn à gauche.

5- La femme. Oui, je crois que le sexe a son importance dans sa popularité. A part l'expérience courte et malheureuse d'Edith Cresson, malgré la grande notoriété de Simone Veil, la France aimerait donner à une femme la charge d'un poste suprême, comme les Américains l'ont fait pour un noir. Avec Ségolène, nous avons failli. Avec Christine, on est sans doute dans la même aspiration.

Voilà ce que je peux proposer comme explications. Sinon quoi ?


Bon après-midi.


PS : je pars quelques jours où vous savez, je ne suis pas certain de pouvoir vous écrire, je vous souhaite donc de bonnes fêtes, nous nous retrouverons au pire la semaine prochaine. Mais le pire n'est jamais certain.