L'Aisne avec DSK

12 juillet 2009

Marx contre Lénine.

On se gausse souvent de la social-démocratie, surtout ces temps-ci, après la défaite des européennes, on parle de sa "crise", certains même évoquent sa "mort". Très bien, mais que dit-on du communisme ? Pourquoi n'en parle-t-on pas ? Il ne peut pas, lui, mourir, il n'existe pratiquement plus. Lors du scrutin européen, avez-vous vu dans quelque pays une résurgence du communisme ? Non. Alors que le capitalisme est en crise comme il n'a jamais été en crise ces cinquante dernières années.

A vrai dire, il y a quand même un lieu où l'on examine l'idée communiste ("l'hypothèse", dirait Badiou, dont j'ai encore le dernier ouvrage non lu au pied de mon lit) : c'est Londres, là où le grand Marx avait choisi l'exil, les 13-14-15 mars de cette année, lors d'un colloque intitulé "On the idea of Communism", en présence de quatre stars mondiales : Badiou justement, Zizek que je ne connais pas, Rancière et Negri que j'apprécie assez. Le compte-rendu de cette importante réunion est dans Philosophie Magazine de juillet-août (pages 16 à 19), sous la plume de Jan Sowa, engagé lui aussi dans la gauche radicale (ce qui est utile à savoir pour ce qui va suivre).

Alain Badiou fait du communisme une "idée", pas une analyse de l'histoire, un "événement", pas l'aboutissement d'un processus économique. C'est ce que je n'aime pas chez lui, cet idéalisme qui l'éloigne du marxisme authentique. "Badiou joue Lénine contre Marx", résume Sowa. C'est très vrai, et c'est très mauvais. Lénine a tout pourri. Avec lui, le totalitarisme est dans le fruit (mais ça, Badiou n'en parle pas, puisque ce qui l'intéresse, c'est l'idée, pas la réalité).

Je pense même qu'il y a chez Badiou un déni de réalité, et c'est tout le drame historique du communisme (alors que Marx ne cesse de se confronter à la réalité). J'apprends, en lisant cet article, que Badiou est en train de traduire la République de Platon, en lui donnant ce titre (tenez-vous bien) : "Du Commun(isme)". Ca promet ! Attendons 2010, date de parution. Platon l'idéaliste qui éclaire Marx le matérialiste, c'est tout Badiou, et c'est ce que je lui reproche.

Slavoj Zizek m'a l'air d'être un drôle de bonhomme, psychanalyste, amateur de culture pop et admirateur de Robespierre, Lénine (encore lui !) et Mao. Il y a des intellos qui ne savent plus quoi faire pour qu'on les remarque. Zizek "se fait parfois l'avocat d'une politique de terreur", lis-je dans Philosophie Magazine. Au moins ce gars-là a le mérite de la franchise. Mais merci bien quand même !

Jacques Rancière, c'est autre chose : il a compris qu'on ne pouvait sauver le communisme qu'en approfondissant l'idée de démocratie. C'est intéressant, c'est stimulant, c'est honnête. Badiou, c'est trouble, ambigu et donc intellectuellement dangereux. Zizek, je ne peux pas juger, je ne connais pas assez, mais j'ai l'impression d'un rigolo.

Toni Negri, c'est mon préféré, depuis longtemps, et je lui ai consacré plusieurs billets sur ce blog. Il s'efforce de penser le marxisme en des termes modernes, de lui donner une dimension planétaire. Je vais loin, mais pas tant que ça : je crois que sa pensée est conciliable avec une social-démocratie rénovée (Badiou non, c'est la haine de la social-démocratie, du réformisme). J'aime beaucoup Negri, humainement aussi : c'est un italien gai, enthousiaste, ouvert. Badiou est un homme très cultivé mais il me fout les boules, il a un côté glacé, sa pensée est une lame de guillotine (j'en reparlerai quand j'aurai fini "L'hypothèse communiste").

Jan Sowa, dont je vous rappelle qu'il appartient à la gauche radicale, termine son papier sur le colloque londonien par trois reproches qu'il lui adresse (et je le cite) :

1- "La plus grande insuffisance de ce colloque était l'absence d'analyse approfondie du communisme en tant que régime ayant vraiment existé (...) L'examen des grandes tragédies du siècle passé en Russie ou en Chine semble être un prolégomène indispensable à tout communisme futur. Rien de tel n'a été entrepris à Londres".

2- "Contrairement à Marx, pour qui le capitalisme devait mécaniquement connaître une crise dont devait sortir le communisme, les participants de ce colloque semblaient concevoir le communisme comme un choix que les sociétés pourraient faire en toute liberté".

3- "Aucun effort n'a été déployé pour penser la crise actuelle, ni pour trouver des moyens plus concrets de changer le monde".

J'applaudis et je déplore. Sowa a tout compris des limites intellectuelles de l'extrême gauche, malgré la percée médiatique d'un Badiou (il y a quinze ans, c'était Bourdieu la star). Nous autres, socialistes, sociaux-démocrates, réformistes, il faut tenir bon, passer à l'offensive, sur tous les fronts : électoraux, politiques, intellectuels. Avec un seul mot d'ordre, qui me semble ressortir de cet aréopage londonien : Marx contre Lénine !


Bonne fin d'après-midi.

La politique pendant l'été.

A l'heure où je vous parle, il se déroule à Saint-Quentin un événement national : le lancement de la caravane d'été de l'UMP par Xavier Bertrand, sur la place du Marché. Il n'y a pas si longtemps, seule LO osait importuner les vacanciers sur les plages. Ce qui pose une question : faut-il faire de la politique pendant les vacances ?

C'est un marronnier, un peu comme se demander s'il faut emporter son ordinateur portable sur la plage ou prendre un amant pendant l'été. Pour la politique, certains sont catégoriques : c'est non ! Les Français recherchent la détente, ils ne veulent pas qu'on les embête avec ça. Les mêmes, avec un pareil raisonnement, vous diront qu'il ne faut pas non plus faire de la politique pendant les fêtes parce que les gens ont la tête ailleurs, ni le dimanche parce que c'est le jour du Seigneur et surtout du repos, ni le samedi parce que c'est le jour des courses, ni le mercredi parce qu'il faut s'occuper des enfants, ni le lundi parce que c'est la reprise du travail, ni le vendredi parce que le week-end approche.

A ce compte-là, on ne fait pas non plus de politique le soir parce que les gens rentrent du travail et veulent entendre parler d'autre chose. On ne fait pas non plus, bien sûr, de la politique sur son lieu de travail parce que c'est le lieu de travail. Alors, quand fait-on de la politique ? Les mardi et jeudi, entre 23h00 et 5h00 du matin, je ne vois plus que ces créneaux-là qui restent. Le problème, c'est que la plupart des gens dorment, sinon ils travaillent. Moralité : on ne peut jamais faire de politique ! C'est en tout cas ce que pensent les paresseux. Ma réponse ? De la politique, il faut en faire partout et tout le temps, pourquoi pas, pour l'UMP, ce dimanche après-midi, place du Marché, à Saint-Quentin.

Quel est le slogan retenu pour cette caravane UMP 2009 ? "Changer le monde", rien que ça. Et pourquoi pas "faire la révolution", tant qu'on y est ? On peut en profiter pour se ravitailler en préservatifs. Pourquoi pas en sex toys, ça ferait encore plus branché (allez voir le magazine du Conseil Général) ? Et puis, il y a les fameuses tongs, appelés "goodies", qui laissent l'empreinte UMP partout où l'on passe (il faut que ce soit un sol mou, quand même). Tiens, ça me donne une idée : faire la même chose avec l'empreinte d'Armstrong, le premier homme à avoir foulé le sol de la Lune, il y aura 40 ans le 21 juillet ?

Quoi qu'il en soit, en profondeur ou avec superficialité, il est bon de faire de la politique pendant l'été. Les citoyens ne sont pas alors disponibles ? Croyez-vous qu'ils le soient beaucoup plus pendant l'année ? Moi je crois plutôt que les gens sont plus attentifs à ce qu'on peut leur dire quand leur temps est libre.


Bonnes vacances,
bonne politique.

D'Hénin à Aix.

Bonjour à toutes et à tous.

Hénin la semaine dernière, Aix ce dimanche, des élections partielles, c'est important, à suivre de près. A Hénin-Beaumont, on a tous été contents d'avoir mis la pâtée au FN. Mais pas d'illusion : aucun socialiste n'a été élu, seulement des candidats divers gauche. C'est tout de même préoccupant pour le PS, qui tenait la municipalité depuis une éternité. La faute à quoi ? A la corruption.

Nous avons bien sûr exclu le fautif, le précédent maire. Mais sans doute aurions-nous dû aller plus loin. On peut pardonner beaucoup de choses à des socialistes (la vie politique est tellement difficile), le péché de corruption est impardonnable, le moindre soupçon devrait être disqualifiant pour celui ou celle qui en est atteint. C'est la pire des accusations pour un socialiste, la plus déshonorante : corrompu ! Il ne faut pas faiblir avec ça.

Revenons à Aix-en-Provence. Là, ce n'est pas la corruption qui pose problème à la gauche, c'est la division : les Verts font cavalier seul, le PCF s'allie au NPA et le PS ... au MoDem. C'est politiquement illisible. Il va falloir quand même qu'on tranche un jour ou l'autre, ça ne peut plus durer comme ça : soit le PS s'ouvre à l'extrême gauche comme à Saint-Quentin, soit il s'ouvre au centre gauche comme à Aix. Et je ne crois pas, à la différence de Ségolène Royal, qu'il puisse faire les deux à la fois.

Ce que je constate, c'est qu'il y a deux poids deux mesures, le local où l'alliance avec les centristes est pratiquée et le national où elle est condamnée. Pouvons-nous longtemps continuer comme ça ? De fait, quand il s'agit de vouloir gagner une élection, on se rapproche du MoDem. A-t-on tort de vouloir gagner une élection ? Je ne le pense pas. A Hénin, à Aix, à St Quentin, partout où le PS a la ferme intention de gagner, c'est vers le centre gauche et non l'extrême gauche qu'il doit se tourner.


Bonne matinée.

11 juillet 2009

A côté de la plaque ?

Bonsoir à toutes et à tous.

Je lis avec profit, depuis quelques années, les réflexions de Zaki Laïdi. Je ne sais pas s'il est strauss-kahnien mais il n'en est pas loin. C'est un social-démocrate, un partisan d'une "gauche moderne". Il le réaffirme dans une tribune parue dans Le Monde le 8 juillet dernier, dont la lecture m'a vivement intéressé.

Depuis la défaite de la social-démocratie aux élections européennes, beaucoup dénoncent sa compromission avec le libéralisme, qui expliquerait l'échec électoral. Drôle d'explication ! Les peuples d'Europe auraient sanctionné la social-démocratie pour son libéralisme ... en votant pour les partis conservateurs et libéraux. Non, ça ne va pas, ce n'est pas logique. Pourquoi n'y a-t-il pas eu, lors du scrutin européen, de progression significative des partis communistes et d'extrême gauche ? L'explication par la soumission de la social-démocratie au libéralisme est donc extrêmement limitée.

C'est pourquoi l'analyse de Zaki Laïdi mérite toute notre attention. Elle vise essentiellement le PS français et ses manquements déjà anciens, qui sont au nombre de trois :

1- La chute du mur de Berlin, il y a exactement 20 ans, c'est l'effondrement définitif du communisme, qui aurait dû conduire les socialistes à rompre avec cette idéologie, puisque les peuples eux-mêmes la rejetaient. Or, selon Laïdi, le PS s'est réapproprié la rhétorique communiste au lieu de s'en séparer : "diabolisation sans nuance de la droite, préalable de l'augmentation des moyens à toute réforme, disparition de toute critique de l'Etat, réduction de l'action politique au volontarisme de ce même Etat, refus de voir que la gauche pouvait devenir un parti conservateur défendant avant tout les salariés protégés et négligeant par là même ceux qui souffrent des fortes barrières à l'entrée sur le marché du travail". Je trouve que c'est assez bien vu et assez bien dit.

2- La mondialisation, d'après Zaki Laïdi, a été mal abordée par les socialistes, à qui il reproche d'être restés à la traîne des altermondialistes, en succombant il y a dix ans à la mode Attac (aujourd'hui bien oubliée). Nous avons donné l'impression de refuser la mondialisation alors qu'il aurait fallu socialement l'aménager, nous avons parfois semblé accepter le protectionnisme alors qu'il fallait rendre la France plus compétitive sur le marché mondial.

3- la crise financière de 2008 a réactivé au sein du PS un discours hostile à l'ultra-libéralisme, alors que les gouvernements conservateurs, notamment en France, renonçaient à cette idéologie en adoptant des mesures de soutien au système bancaire, parfois des quasi nationalisations.

Bref, pour Laki Saïdi, le problème du PS, c'est qu'il est à côté de la plaque : il dénonce le libéralisme quand celui-ci n'a plus la cote, il récupère la rhétorique communiste au moment où cette idéologie s'effondre, il critique la social-démocratie de convergences avec la droite quand c'est la droite qui électoralement l'emporte. Je ne sais pas si tout est vrai dans cette analyse assez originale, mais c'est incontestablement un point de vue qui provoque la réflexion.


Bonne soirée.

150.

Ma première lecture de vacances, ce sont les "Carnets noirs 2007-2008" de Gabriel Matzneff, parus en 2009 chez Léo Scheer. Matzneff est l'un de mes écrivains français préférés (parmi les contemporains), je suis depuis bientôt trente ans la publication de son journal intime. Dans sa dernière parution, je tombe sur cette phrase, qui me fait immédiatement réfléchir :

"Un écrivain qui a cent cinquante fidèles et passionnés lecteurs, qu'il soit vivant ou mort, est sauvé" (page 418).

Je ne suis pas un écrivain (je suis incapable d'inventer une histoire, des personnages, un roman), je ne suis qu'un chroniqueur. Je ne sais pas si mes lecteurs sont fidèles et passionnés, mais ils sont tenaces et curieux. Surtout, et c'est cette coïncidence qui m'a fait retenir cette phrase de Matzneff, ils sont à peu près 150 par jour à lire mes billets.

Je dis à peu près parce que c'est en vérité incalculable. Les blogs ont choppé la maladie de notre société moderne : les statistiques qui ne veulent rien dire, qui n'apprennent rien et que chacun peut manipuler à son avantage. L'Aisne avec DSK reçoit environ 300 visites quotidiennes en moyenne, car parfois plus, parfois moins. Mais à vue de pif, si on enlève les visiteurs passagers, les erreurs de manip, les accès hasardeux et les personnes qui m'aiment tellement qu'elles se connectent plusieurs fois par jour, ça fait un noyau dur, un minimum de 150 abonnés journaliers.

Pourquoi je vous dis ça ? Parce qu'il m'est venu à l'esprit que j'étais la seule personnalité de gauche sur la ville à bénéficier d'une telle influence, qui en soi n'est pas considérable mais qui est néanmoins unique. Pensez un peu : 150 personnes qui lisent chaque jour ce que j'écris, cherchez bien, vous ne trouverez pas d'équivalent à Saint-Quentin (à gauche je parle).

Il faut bien sûr nuancer le chiffre par ce que j'appellerais la règle des trois tiers (toujours au pif, à partir des retours que j'en ai) : un tiers des lecteurs sont des institutionnels (élus, journalistes, etc) qui cherchent à s'informer, un tiers sont des sympathisants d'une gauche social-démocrate qui s'intéressent à mes analyses, un tiers sont des adversaires qui espèrent me prendre en défaut (de quoi, je ne sais pas, mais eux non plus ...). J'ai un devoir de gratitude envers ces derniers et leur intelligence involontaire : ils ont été au départ les vrais promoteurs de ce blog, qui sans eux aurait végété, comme l'écrasante majorité des blogs et des sites sur le Net (la plupart n'étant même pas alimenté).

Il faut également demeurer réaliste : être influent ne signifie pas influencer. La notoriété de ce blog ne me sera d'aucune utilité pour la suite en politique. Au contraire, elle peut même me desservir. Si j'étais malin et intéressé, je cesserais immédiatement sa rédaction. En politique, les mieux placé pour l'emporter sont les inconnus aimables, ceux qui ne font de l'ombre à personne parce qu'ils sont déjà l'ombre de quelqu'un plus puissant qu'eux.

Et puisque je vous parle de Matzneff et de littérature, vous savez sans doute (sinon je vous l'apprends) que je consacre chaque été à l'écriture d'un ouvrage. J'ai commencé cette manie à l'été 2001, après notre échec cinglant aux élections municipales, que j'ai raconté par le menu détail sur une bonne centaine de pages. Cette année, j'avais l'intention d'écrire quelque chose sur la conquête de la Lune, 4oème anniversaire oblige. J'avais accumulé pas mal de documentation et puis m'est arrivé ce qui ne m'était jamais arrivé jusqu'à maintenant : j'ai eu une commande, on m'a suggéré un sujet de bouquin.

J'ai accepté, même si le sujet ne me serait jamais venu à l'esprit avant qu'on ne me le demande. Je ne vous en dirais pas plus, ni du commanditaire, je suis là-dessus un peu superstitieux, je ne suis pas certain que le projet aille jusqu'à son terme. Mais il est sur les rails et me prendra pas mal de temps. Dans un an peut-être, vous en entendrez parler. Je crois que ce sera, et pour moi, et pour mon commanditaire, un joli coup, une belle affaire. En attendant, profitez de vos vacances intelligemment et agréablement, lisez les "Carnets noirs" de Gabriel Matzneff !


Bonne fin d'après-midi.

Le vote Tarzan.

Bonjour à toutes et à tous.

Si vous passez par Paris, allez au musée du quai Branly voir l'expo "Tarzan ou Rousseau chez les Waziri". C'est l'événement à ne pas manquer cet été. Je n'y suis pas encore allé mais ça ne saurait tarder. Tarzan, toute mon enfance ! J'ai appris à lire et même à réfléchir en lisant passionnément Edgar Rice Burroughs. C'est un peu après que je suis passé à la BD et enfin aux films. Mais le roman, c'est pour moi le plus important.

Pourquoi ? Parce que Tarzan, c'est la force, la spontanéité, la sauvagerie, mais au service de la justice et d'une forme de raison. C'est ce paradoxe qui plaît. J'aimais aussi ces formules : "le seigneur de la jungle", "l'homme-singe", les noms fantaisistes donnés aux animaux sauvages. Pourtant, le personnage est un peu con : ses dialogues débiles avec Jane, son cri ridicule au cinéma en se frappant bêtement les pectoraux, ses envolées de liane en liane ...

Aujourd'hui encore, j'ai dans ma bibliothèque de vieux romans de Tarzan, que je relis de temps en temps. Burroughs en a écrit des dizaines, certains très étonnants, qui conduisent notre héros dans des endroits improbables, à New-York, au Sahara, dans la Préhistoire. Ces récits continuent de m'enchanter, et je crois qu'au fond de moi, j'aimerais être Tarzan, fort et juste comme lui, et toujours triomphant des fauves. Après tout, la politique, c'est une jungle, non ?

Et puis, il se dégage de la BD et surtout des films un incroyable érotisme, une sensualité qui tourne un peu la tête : un type quasi à poil dans la jungle qui tombe sur une nana elle aussi légèrement vêtue ... Je me demande comment les ligues puritaines d'Amérique ont reçu ça (si vous avez des infos, je suis preneur). Moi Tarzan toi Jane, c'est simple, c'est efficace, c'est l'amour idéal.

Au-delà de mes goûts perso, qu'est-ce qui a fait l'extraordinaire popularité, durable et mondiale, de Tarzan ? A coup sûr le rêve d'une nature bonne, parfaite, d'un sauvage pur, descendant d'aristocrates (Lord Greystoke), dans une société industrialisée, technicienne qui veut renouer avec ses origines. Au XVIIIème siècle c'était le mythe du bon sauvage, du primitif, au XXème siècle, c'est le mythe de Tarzan, cet anti-Robinson Crusoë : chez l'un le triomphe de la nature, chez l'autre le triomphe de la civilisation.

Notre amour des bêtes, notre préoccupation pour l'environnement, les soins que nous prodiguons à notre corps, la mode de la nudité, notre surestimation de la spontanéité, tout ça explique l'engouement pour Tarzan, en est à la fois le signe et le résultat. Finalement, la victoire de Cohn-Bendit aux européennes, c'est la victoire de Tarzan [là, il faudrait pousser le fameux cri, mais je ne sais pas comment on l'écrit].


Bon après-midi.

10 juillet 2009

PS année zéro ?

Mes camarades se lâchent. Moscovici parle de "dépôt de bilan" et d' "année zéro" à propos de l'état actuel du PS. Dray évoque une "machine à bout de souffle", Rocard d' "hibernation comateuse". Pauvre Parti ! Et Rocky qui rejoint Juppé pour réfléchir à la bonne utilisation de l'emprunt Sarkozy. Pourquoi pas, mais on a l'air de quoi ? Désir et Hamon proposent aux Verts une alliance en bonne et due forme pour le premier tour des régionales et se ramassent un râteau : Dany dit qu'il s'en fout. Et Bruno Rebelle, conseiller de Ségolène, le rallie. Pas de doute, on dérouille.

La grosse crainte, la référence maudite, elle est dans toutes les têtes : le fantôme de la SFIO. Nos députés font leur boulot (ils ferraillent en ce moment pour que la droite ne nous fasse pas travailler le dimanche), nos grands élus gèrent bien les collectivités locales, mais nationalement, c'est le flop : les Français ne croient plus en nous. Ça va passer ? Sûrement, mais je n'aime pas les esprits paresseux qui raisonnent comme ça. Parce que l'année zéro, elle peut durer plus d'une année, si on n'y prend pas garde, si on ne fait rien.

La SFIO dans les années 60, c'était ça : des parlementaires et des patrons de grandes villes et de conseils généraux, et aucune perspective politique nationale. A l'époque, la social-démocratie avait déserté le Parti pour se réfugier dans les clubs ou au PSU. Ce sont les chevénementistes qui ont alors investi la SFIO, par son aile gauche, le CERES. De ce point de vue, nous n'en sommes pas là aujourd'hui, c'est même le contraire : les réformistes sont aux commandes, l'aile gauche la plus pure est partie avec Mélenchon.

Notre vraie problème, ce à quoi il faut tordre le cou, c'est à cette fichue culture d'appareil, qui est ce qui reste quand tout fout le camp : pratique des rapports de forces, entrée d'adhérents fantômes (qu'on ne revoit plus après, comme toujours avec les fantômes !), votes téléphonés, sections verrouillées, discours convenus, purement réactifs, tactiques, dépourvus de toute authentique conviction, relations claniques, allégeances personnelles, conquête des places plutôt que conquête du pouvoir, voilà la culture de la SFIO finissante, voilà la culture qui imprègne encore aujourd'hui une partie du PS, voilà avec quoi il faut rompre.

Ce ne sera pas facile parce que c'est toute une mentalité dont il faut se débarrasser. Les primaires, la rénovation des structures, c'est bien. Mais comment faire évoluer les esprits ? Mélenchon a eu l'honnêteté de partir parce que ce parti ne lui convenait plus. Mais combien restent en ne partageant pas le désir de rénovation, en s'accrochant à cette culture d'appareil, qui est le lait qu'ils ont tété très jeunes ? Sauf que le lait en question a tourné en poison pour le Parti ... Vous connaissez l'expression "être dans le plus simple appareil". C'est ce qui finira par arriver au PS, se retrouver à poil, une fois qu'on aura tout perdu.

Je pousse bien sûr le bouchon très loin, mais reconnaissez que l'heure est grave, qu'il faut réagir dare-dare. Ma hantise, ce sont les régionales. A droite, c'est parti. Et ça va aller très vite. Rattraper le coup des européennes, ça ne va pas être facile pour le PS. Il faut qu'on mette le paquet. Mais si le projet et les listes sont inspirés par cette foutue culture d'appareil, des copains seront contents de sauver personnellement la mise, mais on ira au bouillon. Martine Aubry le sait et fait tout pour éviter ça. Il faut l'encourager et la soutenir.


Bon après-midi.

Le retour de JR.

Bonjour à toutes et à tous.

Jean-Robert Boutreux a de nouveau organisé une réunion hier soir au Champs Elysées. En juillet, faire encore de la politique, c'est pas évident ! Tout le monde a en tête les vacances, beaucoup sont déjà partis, ceux qui restent pensent à autre chose ... Mais c'est ainsi qu'on reconnaît les vrais politiques : ils n'arrêtent pas, ils en font même pendant les vacances ! Regardez la droite saint-quentinoise : croyez-vous qu'elle va se mettre en stand by les mois de juillet et d'août ?

Bon, la réunion d'hier n'était pas en apparence très politique, puisque le thème abordé était le réchauffement climatique et le conférencier un chimiste, Jean Morvan. Il n'empêche que c'est un dossier très politique. Et puis, on sait qu'une réunion est politique quand on fait le tour de table : nous étions une quinzaine, parmi lesquels Nora Ahmed Ali, conseillère municipale verte, Paul Gironde, conseiller municipal MoDem, Denise Lefebvre, vice-présidente de l'agglomération, chargée du patrimoine naturel. Qui sont les organisateurs ? Une formation politique, Génération Ecologie, à laquelle appartient d'ailleurs Jean Morvan, qui est conseiller municipal en Bretagne.

Après un exposé très universitaire (je n'ai pas tout compris), le débat a éclairé un peu les enjeux. Je suis intervenu pour expliquer que l'écologie ne doit pas verser dans le catastrophisme, que la peur est toujours mauvaise conseillère, que la raison doit guider les débats, que l'optimisme doit présider à la démarche écologiste (il y a un siècle, il n'existait quasiment aucune conscience planétaire des problèmes de l'environnement, aujourd'hui c'est fait). La discussion a été très libre, intéressante, avec des nuances dans les points de vue exprimés, mais sans conflits.

Jean-Robert remet les plats, au même endroit, à 18h30, le 22 juillet, où nous aborderons, nous a-t-il dit, des sujets plus directement politiques (attention, les choses sérieuses commencent ...). Comme ce sont des réunions publiques "ouvertes à tous" précise Jean-Robert, je vous invite moi aussi à venir faire un tour.


Bonne matinée.

09 juillet 2009

L'autre politique.

Bonjour à toutes et à tous.

J'ai écouté ce matin Dominique de Villepin sur France-Inter. J'aime bien, il a de l'allure, du verbe, c'est quand même autre chose que Sarkozy. L'ancien Premier ministre est d'ailleurs très critique envers celui-ci, et il annonce clairement qu'il se prépare pour l'avenir. Courageux ! Sa marge est étroite, Sarkozy est très fort. Villepin vise manifestement à incarner une droite sociale, gaullienne, sérieuse en opposition au libéralisme, à l'atlantisme et au bling-bling du sarkozysme.

Est-ce que ça peut marcher, est-ce que l'espace politique existe ? Je ne sais pas, mais la question pose celle de l'alternative qu'on prétend en politique porter à l'intérieur de son propre camp, en opposition à la ligne officielle. Ca n'est jamais une stratégie facile, un positionnement confortable. L'opinion ne comprend pas toujours très bien, on peut vous imputer le risque de diviser ou bien vous soupçonner de règlements de compte purement personnels. Et puis, l'issue est incertaine, la réussite de l'opération jamais assurée.

A gauche, j'ai souvenir, dans les années 70, de la ligne alternative que Michel Rocard tentait de faire exister face à la ligne mitterrandiste. Rocard a finalement échoué mais, ironie du sort, ce sont des mitterrandistes qui au gouvernement ont appliqué, à partir de 1983, sa politique. Ces années 80, Jean-Pierre Chevènement a lui aussi défendu une "autre politique" que celle de son Parti. De guerre lasse, il a jeté l'éponge et quitté le PS au début des années 90.

A droite, Jacques Chirac a représenté à partir de 1976 une autre politique, opposée au libéralisme giscardien. Il lui a fallu presque 20 ans pour l'emporter, après avoir failli se faire doubler dans le dernier virage par Balladur. Bref, vouloir défendre une "autre politique" au sein de son propre parti n'est pas une sinécure. J'en sais un peu quelque chose puisque c'est ma situation à Saint-Quentin.

Sauf que moi (ironie du sort encore !) je suis en phase avec mon Parti au niveau national mais pas avec ma section au niveau local. Quand on gratte un peu, on voit bien que celle-ci est plus sur une ligne mélenchoniste "Front de Gauche" que sur la rénovation social-démocrate qu'essaie d'impulser Martine Aubry.

Sinon, pour porter une "autre politique" au sein de son propre camp, il faut satisfaire à quatre exigences :

1- Privilégier le débat sur la ligne au débat sur les personnes.
2- Montrer que la ligne alternative est clairement opposée à la ligne officielle.
3- Ne jamais remplacer la lutte contre ses adversaires par la lutte contre ses camarades.
4- Faire la preuve que la ligne alternative peut seule l'emporter.

Je crois, à Saint-Quentin, avoir scrupuleusement mis en application ces quatre critères. C'est bel et bien une ligne alternative, une "autre politique" que je m'efforce d'incarner, avec laquelle on peut être en désaccord mais qui a sa clarté, sa cohérence et sa crédibilité, que vous connaissez bien si vous lisez régulièrement ce blog :

Recentrage sur des positions plus modérées, refus d'une opposition frontale, rupture avec l'extrême gauche, ouverture au centre gauche qui nous a quittés pour Pierre André, rassemblement de toutes les sensibilités socialistes, renoncement aux rapports de forces entre nous et à la culture d'appareil, appel à la gauche associative, culturelle, syndicale (hors des structures partisanes).

Si ça n'est pas une "autre politique" ! L'emportera-t-elle un jour ? Je ne le sais pas plus que je ne sais si Villepin a un avenir politique. Mais dans les deux cas, il y a un espace à occuper et des choses à dire. Ça suffit pour espérer et impulser une action, pour faire finalement de la politique. Après on verra, ce sont les citoyens qui en décideront.


Bon après-midi.

08 juillet 2009

Le chat Maurice.

Bonsoir à toutes et à tous.

Depuis quelques jours, j'ai un nouveau compagnon. Il s'appelle Maurice. C'est un chat. Je suppose que c'est son nom puisque j'ai entendu des enfants chez les voisins crier : Maurice, reviens ! Mais il est resté chez moi. Je ne sais pas pourquoi. Dans la journée, il s'en va. Mais la nuit, il est là, il a pris ses habitudes, il fouille un peu partout, dérange mes affaires. Au début, ça me gênait. Et puis, je me suis fait à sa présence. On dirait que Maurice m'a pris en sympathie, qu'il ne peut plus me quitter. Pour un peu, je deviendrais sentimental, à cause de lui, à cause d'un chat !

Il se trouve que je n'aime pas les animaux, que les chiens me font peur, qu'une bête est pour moi une bête c'est à dire une créature pas très intéressante. Quand j'étais petit, j'élevais comme tous les enfants des hamsters et des cochons d'Inde et aussi, c'est un peu plus original, des escargots (que j'arrosais quand il faisait très chaud). Mais mon amour des animaux s'est arrêté là. J'éprouve seulement un peu de tendresse pour les poissons rouges, parce qu'ils ne font pas chier leur monde et qu'ils sont jolis à regarder dans leur bocal. Ça ne va pas plus loin.

Vous comprenez alors quel bouleversement peut représenter l'irruption inattendue et inexpliquée de Maurice dans ma vie. Bon, les ronchons qui ne peuvent pas s'empêcher de lire ce blog (ils sont nombreux) vont encore ronchonner : mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de chat, qu'est-ce ça fait dans "L'Aisne avec DSK" ! Maurice, j'aurais pu le faire déguerpir avec un coup de pompe au cul, c'aurait été mon élan naturel. Mais je n'ai pas pu, j'ai été faible, attendri, comme tous mes contemporains devant "nos amis les bêtes".

La domestication de certains animaux a été un grand progrès de la civilisation. Nous assistons aujourd'hui à une incroyable révolution, du jamais vu dans l'histoire de l'humanité : les hommes et les bêtes cohabitent, se lient, éprouvent des sentiments les uns pour les autres. Autrefois on les exploitait, aujourd'hui on les aime. Le progressiste que je suis doit saluer et encourager ce progrès de l'humanité, qui rend incontestablement les hommes meilleurs.

Une fois que j'ai dit ça, il y a toujours un imbécile pour me faire remarquer que Hitler aimait les chiens. Et alors ? Hitler devait aimer aussi les voyages en avion, les plats cuisinés et les couchers de soleil sur la Bavière. Est-ce que ça condamne pour autant toutes ces choses-là ? Décidément, les ronchons et les imbéciles, quelle plaie ! Heureusement que Maurice est là pour me les faire oublier.


Bonne soirée.

Une énigme politique.

Bonjour à toutes et à tous.

Quelle est l'énigme politique qui fait parler le petit milieu spécialisé depuis samedi ? Celle-ci : que faisait Gérard Longuet cet après-midi là à Saint-Quentin, au beau milieu de l'inauguration de la plage de l'Hôtel de Ville ? Cette présence était sans ostentation, puisque la presse locale ne l'a pas toujours mentionnée. C'est d'autant plus étrange que Longuet a disparu des écrans politiques depuis pas mal de temps, depuis une quinzaine d'années, à la suite d'ennuis judiciaires. Alors quoi ?

Je ne suis pas spécialiste de la droite, j'ai même parfois du mal à comprendre ce qui se passe dans mon propre parti. Mais quelle surprise d'apprendre, il y a deux jours, que Gérard Longuet ... réapparaissait sur la scène publique (après être passé par Saint-Quentin !). Il vient en effet d'accéder à la présidence du groupe UMP au Sénat. Il connaît donc bien un autre sénateur, celui de l'Aisne, Pierre André. L'énigme se dissipe un peu.

Gérard Longuet refait surface. Ce poste qu'il vient d'obtenir, ce n'est pas rien, ça en fait l'homologue de Copé (lui est chef du groupe UMP à la Chambre). Certains disent que l'un aurait été choisi pour contrebalancer l'autre. Car Longuet est présenté comme proche de Sarkozy et pas très éloigné de Raffarin (c'est l'ancien patron du Parti Républicain, avatar du giscardisme). Ce même Raffarin est très copain avec Bertrand (quand il est venu dans l'Aisne, il portait son effigie au revers de sa veste). Et Bertrand n'est pas du tout copain avec Copé. Vous me suivez ? Je suis désolé, c'est aussi compliqué qu'au Parti socialiste ... On saisit mieux quand on connaît l'adage politique : les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

La solution d'une énigme permet aussi d'en résoudre une autre : pourquoi Jérôme Lavrilleux, lui aussi présent à l'inauguration de la plage de l'Hôtel de Ville, n'a-t-il pas disputé la partie de foot des élus ? A la différence du sous-préfet, il ne portait pas un embarrassant costume-cravate. Peut-être parce que le conseiller général de Saint-Quentin Nord, mon adversaire aux cantonales de 2004, est un proche de Copé, son directeur de cabinet ?


Bonne journée énigmatique.

07 juillet 2009

La bague au doigt.

Bonsoir à toutes et à tous.

Il n'y a pas de politique sans alliances. Mais à qui mettre la bague au doigt ? C'est l'une des questions que se pose la gauche en ce moment, et sans doute pour un certain temps. Il ne faudrait tout de même pas tarder à y répondre. Quelques propositions de mariage ont été avancées ces derniers jours, mais aucune cérémonie n'est pour l'instant envisagée. C'est que le mariage est une chose sérieuse, dans laquelle on ne s'engage pas à la légère.

Manuel Valls est favorable à un mariage à trois pour les élections régionales : PS-Verts-MoDem. Pourquoi pas. Il y a incontestablement des convergences entre ces trois sensibilités, qui communient dans l'antisarkozysme et la définition d'une gauche moderne. Mais je me méfie du MoDem : à la différence des Verts, il n'a pas clairement choisi son camp. L'autonomie, je veux bien, mais à condition de ne pas renvoyer dos à dos la gauche et la droite. Et puis, au congrès de Reims, les socialistes ont tranché : pas d'alliance avec les centristes. Relancer ce débat, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Même si les régionales sont des élections particulières, à forte dimension locale.

Daniel Cohn-Bendit est lui aussi favorable à un ménage à trois (je ne sais pas si la morale y gagne, mais la politique peut-être !), écolos, socialos et centristes, mais sous une forme beaucoup plus souple, une sorte d'union libre, un concubinage. Ce que Dany a bien compris, c'est que la forme traditionnelle des partis politiques est largement dépassée, qu'il faut complètement rénover nos modes d'organisation. Les réunions de section ressemblent de plus en plus à ces repas de famille où l'on se fait mortellement chier, avec l'oncle qui essaie de faire rire tout le monde et qui n'amuse personne, avec le cousin qui n'arrête pas de s'écouter parler et que personne n'écoute.

Cohn-Bendit propose plutôt un réseau qu'un parti, quelque chose d'ouvert où cohabiteraient des sensibilités différentes sans prises de tête, rapports de forces, enjeux de pouvoir. Pour les élections régionales, il préconise, sur le modèle des listes européennes d'Europe Ecologie, l'ouverture à des personnalités, des citoyens impliqués dans la vie locale. Oui, oui, oui : j'en ai marre de ces listes sur lesquelles on met des chèvres. Parce que même si on gagne, une chèvre au pouvoir reste une chèvre !

Et puis, Cohn-Bendit ne craint pas d'aller discuter avec qui veut bien l'inviter, même l'UMP. Très bien ça aussi : quand on a de fortes convictions, on n'hésite pas à aller les confronter à celles de l'adversaire (parce que l'UMP, c'est quand même pas les copains de Dany !). J'en ai marre, là aussi, de ces culs serrés de la politique qui vous excommunient parce que vous osez aller débattre avec quelqu'un qui n'est pas de votre bord.

Il y a quelques semaines, Marie-Laurence Maître m'a gentiment invité à une réunion de l'UMP sur l'éducation (en tant que responsable associatif). J'y suis gentiment allé et j'ai dit ce que j'avais à dire. N'est-ce pas mieux comme ça ? Et puisque je parle mariage dans ce billet, ce n'est pas avoir une liaison secrète, ni avec Marie-Laurence ni avec l'UMP locale, que d'accepter de débattre.

Il y en a deux qui ont du mal à s'épouser, c'est le PCF et le NPA. Ce qui me réjouit. Lors d'un précédent billet, j'avais peu apprécié les fiançailles entre le Parti de Gauche de Mélenchon et le NPA, autour de soi-disants "accords techniques et démocratiques" de second tour des régionales. Du bidon, du pipeau. Certains socialistes, puisque Mélenchon est toujours socialiste de coeur sinon de carte, sont prêts à faire n'importe quoi pour se retrouver au lit avec l'extrême gauche.

Les communistes, eux, sont des camarades sérieux, doués d'une forte mémoire, fidèles à leur identité : ils savent qu'un trotskiste reste un trotskiste, c'est à dire quelqu'un de fondamentalement hostile à la constitution d'une majorité de gauche, y compris au niveau régional. PCF et NPA n'ont donc pas trouvé là-dessus un terrain d'entente, alors que Mélenchon avait été plus coulant.

Je termine cette revue des mariages possibles par l'initiative relayée par Le Monde à la date de ce jour, Appel pour un pacte unitaire de progrès : ce sont les amis de Robert Hue (dont j'apprécie depuis longtemps la démarche originale) et des socialistes ségolénistes (Peillon, Rebsamen) qui appellent à "la création partout en France d'espaces de dialogue, d'organisation et d'action", au delà des appareils et des divisions. Très bien là aussi. Discuter, s'unir, dans la clarté, oui la gauche en a besoin.

Alors, la bague au doigt, c'est pour quand et avec qui ? Pas d'hésitation : pour les présidentielles, avec le peuple français. Le plus beau mariage que pourrait faire la gauche, ce serait bien sûr celui-là.


Bonne soirée.

06 juillet 2009

La bise à Bertrand.

Bonsoir à toutes et à tous.

J'ai envie de faire la bise à Xavier Bertrand. Mais oui ! Parce qu'à Hénin-Beaumont, hier, le "Front républicain" l'a emporté contre le Front National. Et que sur ce coup-là, Bertrand a été très réglo : l'UMP a appelé à voter sans hésiter contre la liste d'extrême droite. Elle aurait pu tergiverser ou ne rien dire, comme on l'a vu par le passé. Non, le désistement en faveur du candidat de gauche a été clair et net. Et la fifille à ce cochon de Le Pen a mordu la poussière. Tant mieux, ça lui fera les dents.

Je déteste l'extrême droite, je suis persuadé qu'elle n'a pas sa place dans la République parce qu'elle est foncièrement anti-républicaine. N'attendez-moi de moi une molle tolérance ou un libéralisme de mauvais aloi : le FN doit être exclu de la vie politique. Si c'est impossible légalement, faisons-le politiquement. C'est ce à quoi revient la formule de "Front républicain" : tous sauf le FN. En 2002, j'ai voté Chirac, et sans me boucher le nez. Le suffrage universel doit toujours s'exercer dans la joie et la certitude de ses opinions.

Bon, la fête a ses limites : les fachos hier ont fait un très bon score dans une terre ouvrière et progressiste (imaginez un peu l'impact s'ils avaient gagné !). Il faut que ce résultat interroge le PS, le conduise à repartir au plus vite à la reconquête des classes populaires. Le combat doit être double : antifascisme d'abord, socialisme ensuite. C'est d'ailleurs notre tradition. En attendant, champagne ! Que la blondasse retourne d'où elle vient, que les siens cessent d'exploiter la souffrance sociale ! Et encore merci à Xavier. L'UMP a fait très peu de voix au premier tour, mais son positionnement politique au second aura été décisif.


Bonne nuit.