L'Aisne avec DSK

27 août 2009

Génération bidon.

Quand j'entends certains camarades poser le problème de la rénovation socialiste en termes de renouvellement des générations, d'accès au pouvoir des quadras et des quinquas, je bondis, je trouve ça insupportable, indigne de socialistes. Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une affaire générationnelle. Quinquas et quadras ? Et pourquoi pas les trentenaires ? Auraient-ils, eux, démérité pour que la coupe du pouvoir leur soit retirée ? Et les vingtenaires (je ne sais pas si ça se dit mais vous m'avez compris) ? Après tout, la Révolution française a été menée par de jeunes gens.

Ceci dit, en quoi un vieux schnock ne ferait-il pas un bon gouvernant ? Car la vraie question est celle-là : de même qu'hier j'affirmais que le problème n'était pas le chef mais le bon chef, aujourd'hui je dis qu'il nous faut une bonne équipe, une bonne direction, de bons ministres socialistes. Or la qualité, la vertu, la compétence ne sont pas relatives à l'âge mais à l'individu. Là comme ailleurs, le péché pas si mignon que ça de mon Parti est de céder à la mode, à l'air du temps, à l'attrait de la nouveauté, au jeunisme qui n'est qu'un courant d'air, vite venu vite parti.

Que retient l'opinion dans cette affaire ? Qu'une classe d'âge a soif de pouvoir, qu'elle rêve de ministères, qu'elle trépigne, qu'elle exige son dû, qu'elle attend son tour. Cette image que nous donnons, sans parfois nous en rendre compte, est détestable. L'âge n'est pas un droit, un bon à tirer en direction du gouvernement. Qu'on ait de l'ambition, c'est naturel, normal et sain. Que l'on se batte pour la satisfaire, très bien. Mais le moteur, ce sont les convictions, pas la date de naissance.

Et puis, quelles psychologies cela révèle-t-il ? Des impatients qui trépignent ... Je ne voudrais pas les avoir aux responsabilités, ce ne sont pas des personnalités faites pour gouverner, une activité où la patience s'impose. Pour ma part, j'aimerais bien être élu à Saint-Quentin, quelque part, au plus haut niveau éventuellement (tant qu'à faire, autant ne pas faire à moitié). Mais peu m'importe que ce soit maintenant, en 2011, 2014 ou plus tard, que j'ai 53 ans, 59 ans ou 65 ans.

Peu m'importe même que je ne sois jamais élu, car telle est la loi de la démocratie, ce n'est pas moi qui décide, ce sont mes camarades et les citoyens. Les premiers ne veulent pas de moi ? Les seconds préfèrent un autre ? Et alors ? Le Parti décide et le Peuple est souverain. Je peux éventuellement regretter leurs choix, je n'ai pas à m'en chagriner. On ne fait pas de la politique pour soi. Et puis j'ai bien d'autres choses dans ma vie. Les ministres qui pleurnichent parce qu'ils se sont faits virer, les élus qui se plaignent de ne pas voir leur mandat reconduit, c'est scandaleux : l'activité publique, en République, peut s'interrompre à tout moment, il n'y a pas de renouvellement automatique, ce ne sont pas des emplois, ce sont des charges et des mandats, qu'on ne doit pas à soi mais à son parti ou à l'électorat.

Je me suis demandé, par curiosité, de quand datait cette vision générationnelle de la politique, qui n'est qu'une intrusion supplémentaire du communautarisme dans notre société. Dans les années 60-70, il n'était nullement question d'une relève des générations. A gauche, Rocard reprochait certes à Mitterrand son "archaïsme", mais le débat était purement idéologique. Jamais la "deuxième gauche" ne s'est présentée comme une démarche générationnelle, cela aurait paru, à juste titre, absurde et déplacé.

C'est à la fin des années 80 que la dimension générationnelle va s'introduire en politique. Le mot lui même va devenir en vogue avec le slogan de la présidentielle de 1988 "Génération Mitterrand" (slogan et affiche d'ailleurs ambigus : un bébé apparaissait à l'intérieur d'une main, censée être celle du président). C'est surtout à droite que la réaction générationnelle va s'imposer, à travers ce qu'on a appelé "la bande à Léo" (l'expression fait jeune) : autour de François Léotard, promis alors à un bel avenir de présidentiable, se regroupaient de jeunes élus libéraux qui voulaient rénover la droite en arguant de leur jeunesse, en réclamant leur part du gâteau (les supposés gâteux, c'était Chirac et Giscard). Pour la première fois dans l'histoire politique contemporaine, l'âge était devenu un argument. Même s'il y a eu autrefois cette "bande à Léo", je n'aimerais pas qu'il y ait aujourd'hui, dans nos rangs, une "bande à Arnaud" ou à qui que ce soit dont les cheveux ne sont pas encore complètement blancs et qui pour cette raison piaffe d'impatience et s'angoisse.


Bonne fin de matinée.

26 Comments:

  • Je croyais que tu étais, comme Martine, pour le non cumul des mandats et pour une limitation à deux ou trois du nombre de mandats électifs dans la même fonction ?
    J'espère qu'en te lisant Hugo Chavez va demander l'asile politique en France et adhérer au PS. Son programme sera simple : présidence à vie, sénateurs, députés et maires à vie. Compte tenu de la pyramide des âges actuelle du parti, il n'est pas improbable, qu'avec un tel programme, il fasse un tabac au prochain congrès. Enfin nous aurons un chef, un vrai, le problème du leadership sera réglé pour longtemps. Et on tiendra à l'oeil les jeunes morveux qui n'acceteront pas de rester jeunes à vie.
    Par contre je me demande si DSK sera dans les petits papiers de Chavez. Un type qui n'est ni jeune ni vieux, c'est un peu suspect.
    Par ailleurs en étiquetant "génération bidon" tous ceux qui ont moins de 55 ans au parti, c'est sur que tu vas faire toi aussi un tabac au prochain congrès.
    Certains ont parlé de changer le nom du parti. Tu as peut-être trouvé le bon truc marketing : "PVS" parti des vieux schnocks.
    Moi ça me convient vu que j'approche des 70. Le jeunisme façon Mitterand, il avait l'air fin avec ses casquettes de rapeur urbain, ça suffit.

    By Anonymous Claude, at 1:49 PM  

  • Je suis même favorable au mandat unique pour les parlementaires. Mais je ne vois pas le rapport avec mon refus d'un promotion par l'âge et non plus par les qualités. Quant au parallèle avec Chavez, il m'échappe complètement. Mais je n'ai peut-être pas tout compris.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 2:02 PM  

  • Le lien avec Chavez c'est que lui non plus n'est pas très favorable à un renouvellement des générations en politique. Il a des qualités à vie à revendre. Il me semble aussi que tu manques un peu d'humour ce matin.
    Ensuite l'opposition entre promotion par les qualités et promotion par l'âge est peu pertinente. Actuellement la classe politique et la nomenkatura de notre parti se sélectionne par cooptation (pour les postes électifs les électeurs ont quand même leur mot à dire) Les grands politiques savent adouber des talents exceptionnels mais pour la plupart c'est le principe de Peters (??) qui prévaut, donc l'incompétence qui ne fait pas d'ombre à l'étage supérieur.
    C'est pourquoi il me semble que la discrimination positive est parfois nécessaire (l'âge n'étant pas le seul critère)

    By Anonymous Claude, at 2:48 PM  

  • Il en sait quelque chose,
    il a moins de 55a,
    il fait partie de la génération bidon.
    De ces quadras qui réclament le pouvoir,
    là où les urnes se refusent à eux.

    Et puis Claude,
    c'est justement le jeunisme de Mitterrand qui pose probleme.
    toute cette jeunesse qui s'est engagé à ses cotés en pensant que mécaniquement à l'ancienneté 20 ou 30a apres, il finirait par recevoir le pouvoir en héritage.

    Montebourg en 1981, il avait 19a,
    l'époque où il a adhéré à l'UNEF et au PS.
    28a apres, il veut avoir sa récompense.
    Il a bien du mérite d'ailleurs,
    sa vie privée ne nous regarde pas,
    mais etre socialiste et avoir épousé une fille de comte ancienne collaboratrice de Balladur et de Douste-Blazy,
    ça ne doit pas etre facile tous les jours.

    La bonne nouvelle,
    s'il quitte le PS,
    il pourra se retirer dans le chateau familial de Neuville à Gambais.
    Là meme où on a tourné le film Ridicule.

    Comment voulez vous que les classes populaires aient confiance dans le PS,
    on trouve des socialistes dans le lit des aristocrates.
    Mais que peut-on attendre d'un ancien fabusien qui a échoué à l'ENA.

    By Blogger grandourscharmant, at 3:01 PM  

  • Claude,
    moi j'ai tout compris,
    enfin j'espere
    et j'ai apprécié l'humour et l'esprit.

    By Blogger grandourscharmant, at 3:02 PM  

  • J'allais oublier pourquoi j'étais passé,
    je suis effondré.
    Vous pouvez etre fier de votre Gewerc.
    Son altercation avec Gremetz risque d'etre le buzz de la campagne des régionales.

    Cela donnera une bien belle image de la région.
    Et ne venait pas me dire qu'il n'en ait pas responsable,
    c'est lui le président de région,
    c'est lui qui a fusionné les listes.
    Il ne peut pas avoir que les avantages, cigares, restaurants et voitures de fonctions.

    By Blogger grandourscharmant, at 3:08 PM  

  • Au fond je crois que tu as raison, la question générationnelle est bien secondaire dans le parti. Le problème c'est celui de son programme, de ses analyses fondatrices et de son leadership. Quand ce noyau dur de l'unité a-t-il éclaté au grand jour de façon presque impossible à recoudre ? Au moment du référundum sur la constitution européenne évidemment. Depuis c'est le grand écart permanent, les baronnies qui sans donnent à coeur joie dans les retournements tactiques, les alliances vite défaites et recomposées : le bordel. Et qui est responsable de ce bordel. Hollande bien entendu. Il a raté l'occasioon unique d'une recomposition fondatrice de sens. Les exclus comme les maintenus y auraient gagné en lisibilité. On aurait maintenant deux partis socialistes. Un parti fabiusien-mélenchoniste jouant des alliances (ou tentant de jouer) avec troskystes et communistes. Et un parti social-démocrate mieux armé pour tenter des alliances avec les Verts et le Modem. Les primaires ont les aurait eu en grandeur réelle avec la présidentielle et les législatives et chacun saurait le poids qu'il pèse dans l'opinion. De toute façon l'alliance républicaine aurait été incontournable pour les deux parties au moins au deuxième tour. Et les électeurs auraient décidé de quel côté était le leadership. Martine a hérité de ce bordel et elle tente de faire avec de façon bien héroïque en tentant une remise au travail bien improbable d'un parti atomisé. Le plus probable hélas est que le bordel va continuer. Les régionales avec si peu de places à gagner et tellement à perdre, avec des alliés que l'on assez maltraités pour qu'ils soient tentés de la jouer perso, le plus probable est que ça va déclencher une nouvelle guerre à mort des baronnies. Le débat sur les primaires montre que les préoccupations tactiques des uns et des autres vont dominer le paysage et donc que là encore ça va saigner. Et donc du côté de l'électeur le spectacle ne sera pas vraiment désopilant.
    Finalement c'est lui qui, primaires ou pas, aura le dernier mot. A gauche il se pourrait que le fond de commerce des hommes et des femmes providentielles redevienne prospère (à leurs yeux en tous cas).. Le problème est que la ligne de SAV de la providence est de mauvaise qualité (il n'y a pas qu'en politique que c'est le cas) car elle est un peu surchargée. Donc l'avenir n'est pas très lisible et Hollande porte une lourde responsabilité dans cet état de fait.

    By Anonymous Claude, at 4:29 PM  

  • Si j'avais pu donner un titre à ma contribution précédente ç'aurait été bien entendu "plutôt qu'une génération bidon, l'héritage d'un secrétaire général bidon"

    By Anonymous Claude, at 5:04 PM  

  • Pour l'Ours : franchement les liens privés de Montebourg et de l'aristocratie je m'en contrefiche. Il y a de tout chez les aristos comme dans la plupart des classes sociales : des vieilles ou jeunes badernes comme des gens intelligents. De toute façon ils ont plus ou moins perdu leurs privilèges depuis août 1789. La république a remplacé ça pour "l'élitisme républicain", un joli oxymore. Au moins il n'est pas héréditaire... encore que..
    Je me souviens même que dans ma jeunesse au PSU il y avait une tendance "royalistes pour l'autogestion" très sympa et farfelue (je me demande si Clavel n'en était pas l'animateur, ma mémoire flanche un peu)

    By Anonymous Claude, at 5:20 PM  

  • Claude,

    L'Ours UMP te soutient comme la corde le pendu. Moi j'ai l'honneur d'être continûment attaqué par lui. Le jour où il cessera, je serai très inquiet.

    Je ne sais pas si ce courant a existé. En revanche, je sais que Maurice Clavel était proche de la NAR, des royalistes de gauche menés par Bertrand Renouvin, pas du tout farfelus.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 5:47 PM  

  • Emmanuel, on pourrait dire aussi que l'Ours te guette comme la corde guette le pendu. Visiblement c'est un jeu qui dure depuis longtemps entre vous et j'imagine que vous vous connaissez. Moi qui ne suit pas de Saint-Quentin je n'ai aucune idée de qui il est et peu m'importe.
    Si tu veux insinuer que nous sommes complices, c'est bien misérable comme argument. En tous cas présentement je vois mes arbres à ma fenêtre et pas de corde à l'horizon.
    Quant à Clavel je comprends que tu préfères les sources encyclopédiques aux témoins directs. Le mot farfelu n'était pas injurieux sous ma plume, j'aurais d'ailleurs du écrire plutôt facétieux. Bon je sais ce sont des mots que tu n'aimes pas en politique. Excuse moi mais le "politiquement correct" avec son cortège d'hypocrisies m'emmerde le plus souvent. Politiquement parlant j'ai toujours préféré Rabelais à Boileau. Tu vas hurler que ce n'étaient pas des "politiques" mais tu te trompes.

    By Anonymous Claude, at 6:07 PM  

  • Emmanuel,

    Pour moi la preuve que tu es un homme d'honneur ne se réduit pas au fait que tu es continuement attaqué par l'Ours. J'espère qu'il en est de même pour toi, pour moi c'est une chose sur laquelle je n'ai aucun doute même si dans ce genre je te trouve parfois un peu psycho-rigide, c'est la contrepartie d'un style picaresque que je trouve assez attachant au fond.
    Mais si tu as vraiment besoin que ce dialogue l'Ours reste dans une sorte d'intimité qui est souvent le quotidien de ce blog, je peux me retirer sur la pointe des pieds et vous laisser face à face.
    Je sais l'Ours va dire non, non, non, surtout pas. Mais seul ton avis m'importe.

    By Anonymous Claude, at 6:51 PM  

  • A propos de Clavel je crois, Emmanuel, qu'il y a plein de trucs que tu ne comprends pas dans les années d'avant 68. Dans les milieux où je gravitais, l'Unef (celle bien vivante d'avant le noyautage par les lambertistes, les cocos puis Mitterand après 68), un peu le PSU, on avait pour la plupart payé de nos personnes dans les combats de la guerre d'Algérie (pas du côté de la Gégène), on avait eu vingt ans dans ce temps là et on comprenait parfaitement ce qu'avait écrit Nizan "J'avais vingt ans, je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie", on n'avait plus vingt ans, on savourait la paix retrouvée, on lisait les surréalistes, Fourier, Maximilien Rudel (un type trop oublié), les poètes, on était influencé par les situs même si on n'en était pas (c'était une chapelle très très fermée), on aimait brocarder les stals, le sérieux à semelles de plombs des trotskystes et des maos. On vivait dans un monde d'hypocrisie pesante, il arrivait encore que les films, les journaux, les livres soient censurés ou saisis. Le PC ne nous impressionnait pas, on avait vu les limites de sa rhétorique pendant la guerre d'Algérie, vécu les épurations de la JC. La SFIO était moribonde et personne ne s'en plaignait. La génération de la résistance officielle ne nous impressionnait pas non plus. En marge des commémorations on savait que les meilleurs de cette génération avaient souvent été mis sur la touche dans leurs partis respectifs et on en connaissait tous quelques uns, à défaut on les lisait. On ne bouffait pas tous du curé, en tous cas ceux, comme moi, qui avaient échappé aux internats de jésuites, j'étais resté proche de mon curé de village, un honnête homme, et beaucoup d'entre nous avions côtoyé des gens d'églises dans nos combats. On était sérieux dans nos convictions, on en payait le prix, sans se prendre au sérieux. C'est un portrait intellectuel qui doit t'effrayer mais il t'aidera peut-être à comprendre ce que j'ai dit de Clavel qui participait aussi de cette ambiance. Dans nos têtes on préparait 68. Ce temps ne reviendra pas, mais il m'en reste quelque chose de bien vivant qui énerve bien à tort les générations suivantes. II y a un mythe tenace de la génération 68 au pouvoir. En fait les soixantes huitards officiels sont pour la plupart des gens qui ont été constamment à la remorque du mouvement (voire carrément à contre-courant), l'essentiel des cadres du PS de cette génération viennent en fait du lambertisme ou de la ligue. Ce sont des gens qui ont travaillé essentiellement à la récupération du mouvement et Mitterand a su reconnaître leur genre de talent. A part Geismar et July (dont je n'étais pas spécialement proche), aucun de mes potes de cette époque n'a occupé des strapontins du pouvoir.

    By Anonymous Claude, at 8:05 PM  

  • avez oublié "un bon programme"

    By Blogger Unknown, at 8:12 PM  

  • Pour l'Ours : c'est bien crade ce que vous dites de Montebourg, ça ne vous honore pas, c'est le niveau "Minute" des années 60

    By Anonymous Thyl Ullenspiegel, at 8:32 PM  

  • Claude,

    Je ne connais pas l'Ours, je n'ai que de bonnes fréquentations, toi par exemple.

    Rudel, n'est-ce pas ce chrétien qui a donné quelques bonnes analyses de Marx ?

    Mais je veux en revenir à Clavel, parce que c'est un personnage qui lui aussi a été oublié mais que j'ai beaucoup aimé et que j'aime encore. Dans ma jeunesse, je suis allé sur ses traces, à Vézelay, où j'ai fait du camping. Il avait du coffre, du souffle, à tous les sens du terme.

    Je ne voudrais pas paraître pédant, surtout pour nos lecteurs qui ne connaissent pas nécessairement tout ça, mais sais-tu que dans sa folle jeunesse, notre bonhomme a été attiré par Doriot ? Eh oui, il y a des soifs d'absolu qui peuvent très mal finir. C'est un autre drôle de bonhomme que je connais lui aussi un peu, Pierre Boutang, qui l'a sauvé, dit-il, de cette tentation. Heureusement, Clavel est devenu un résistant puis un gaulliste irréprochable.

    Ce qui me plaît aussi en lui, c'est son compagnonnage avec la Gauche Prolétarienne, qui avait tout de même plus de gueule que le PSU (je n'en sais rien, j'ai pas vécu ça, j'étais gamin, mais j'ai lu). Clavel "gaullo-gauchiste", c'est le genre de paradoxe que j'aime, mais dont il ne faut pas trop abuser.

    J'ai vraiment connu, directement, Clavel quand j'étais ado, en regardant "Apostrophes" consacré aux "nouveaux philosophes", dont Clavel se présentait comme "l'oncle".

    Et puis, il y a Clavel chrétien, celui qui a quasi physiquement rencontré Dieu. Mais là, c'est trop perso pour que je m'étende beaucoup plus. Il y a aussi Clavel kantien, contre toute attente. J'arrête là parce que je pourrais continuer toute la soirée.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:49 PM  

  • désormais il y a effectivement une véritable notion, de génération. les futurs votants " 18_17 ans" comme ils disent " se battent les couilles de la politique". par contre contrairement aux moins défavorisés, nos enfants sont à l'écoute . désormais 1 génération correspond à 3 ans de différence.... val

    By Anonymous Anonyme, at 8:56 PM  

  • Claude écoutez quelqu'un avec autant d'expérience, de recul et de reflexion, ne peut etre qu'enrichissant.

    Finalement rien de nouveau sous le soleil ou presque,
    on commence à manquer d'honnetes hommes.

    By Blogger grandourscharmant, at 9:53 PM  

  • Thyl,
    dire la vérite est déshonorant ?

    Moi tout cela me l'a rendu plus sympathique.

    By Blogger grandourscharmant, at 10:04 PM  

  • Emmanuel,

    Je comprends maintenant pourquoi tu as bondi sur Clavel. Finalement tu l'as mieux connu que moi et tu es presque son disciple. Moi ce sont des souvenirs fugaces du PSU des années 65-66. Ta comparaison Gauche Prolétarienne-PSU ne fait pas sens pour moi, ce n'est pas la même séquence de temps, la GP c'est après 68. Ce dont je peux t'assurer c'est que le PSU de ces années là était un sacré laboratoire de courage et d'intelligence. Mendès en était. Rocard qui cultivait sa semi-clandestinité d'inspecteur des finances signait ses articles Michel Servet...Depreux.. Après 68 j'ai lu un peu Clavel mais moins que toi finalement. Dans ces années là je gravitais plutôt dans des groupuscules post 22mars, où dominait une bonne dose d'incrédulité libertaire par rapport aux maos. C'étaient des gens proches mais j'avais beaucoup de réticences sur leurs tentations militaristes, leur obscurantisme presque masochiste, je craignais beaucoup pour eux la pulsion de mort. Ce dernier point ils ont eu l'intelligence de le comprendre juste à temps et de se dissoudre. C'est ce qu'ils ont fait de mieux. Après je suis parti très vite au Chili et ça s'est un peu brouillé pour moi cette histoire bien que le Mir par certains aspects reproduisait un peu les égarements des maos français. C'était dans un contexte d'une plus grande violence sociale et j'ai davantage adhéré à ces choses pour des raisons dont j'aurais du me méfier.
    Sur la Gauche prolétarienne il y a un bouquin à lire qui est magnifique c'est "l'organisation" de Jean Rolin. Lui c'était le genre mao pied-nickelé et il raconte très bien qu'il a eu la chance d'être le frangin du chef militaire de la GP, ça lui a sans doute évité de passer de sales quart d'heures. C'est très éclairant sur l'époque.

    C'est assez drôle d'écrire tout ça sur ton blog. Quand j'ai écrit mon espèce de biographie intellectuelle des années 60, j'étais sur le fil d'une demande d'un ami théâtreux qui m'a demandé d'écrire quelque chose non pas sur ma génération mais sur la tribu qui m'a fait homme. A un moment je me suis dit, tu délires, tu te trompes c'est pas sur le blog d'Emmanuel qu'il fallait esquisser ça ! Et puis va comme je te pousse j'ai appuyé sur "publier".
    Est-ce que ça va emmerder les anonymes, finalement je m'en fiche, c'est le même risque que de publier un bouquin, le lecteur en fait ce qu'il veut. Et nos histoires vallent bien la chronique de nos angoisses et ratiocinnages de militants de la gauche.

    Quelle gauche justement ? Alors là Rudel sur lequel tu me questionnes est rudement important pour moi et je t'en dirai plus. Mais ça sera pour un autre jour.

    A oui tu parles aussi des accointances de Clavel avec Doriot dans sa jeunesse. Je le savais, à mes yeux c'est pas bien terrible les errements de jeunesse, l'important c'est comment on finit.
    Mon père aussi, un simple ouvrier, a été séduit par de la Rocque avant 40. Ça ne l'a pas empêché de s'engager volontaire en 40 pour combattre les nazis alors qu'il avait été réformé, d'avoir été un peu pétainiste ensuite, puis très vite franchement résistant. Et puis mis dans le caniveau par la société après la libération (il n'aimait pas le populisme "les populistes prennent les ouvriers pour des cons" qu'il me disait toujours. Et il en faisait trop dans ce genre de fierté pour ne pas en prendre plein la gueule).

    By Anonymous Claude, at 10:24 PM  

  • Ce qui a sauvé la GP du terrorisme à l'italienne, c'est Clavel, en réactivant auprès d'eux la mémoire de la Résistance et en leur conseillant de ne pas faire n'importe quoi (parce que de Gaulle, ce n'était tout de même pas Hitler !).

    A noter aussi le parcours atypique des anciens GP : Le Bris qui s'intéresse à notre cher Stevenson, Benny Lévy qui étudie la Bible, etc.

    Un autre mao rigolo, c'est Roland Castro et son journal "Tout", une sorte de maoïsme libertaire.

    Et si on ajoute à tout ça le PSU, qu'est-ce qu'il y en a eu, des choses, en ce temps-là, à la différence d'aujourd'hui !

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:59 PM  

  • Je ne le savais et bien bravo Clavel, le pape devrait bien le canoniser pour un tel exploit. J'ai toujours pensé que le vieux fond catho était ce qu'il y avait de plus solide à gauche. Raison pour laquelle je proclame haut et fort mon catholicisme alors que dans mon for intérieur je suis agnstique 3 jours sur 4. Dans ce genre je connais pire : un vieux père dominicain m'a raconté un jour qu'il était resté fidèle à ses voeux toute sa vie par fidélité à une illumination d'enfance qu'il n'avait jamais revécue !

    Pour le constat que tu fais qu'est-ce qu'on peut faire à mon âge pour que ça bouge ? Participer à des luttes certes quand elles sont à portée, mais surtout écrire, prendre la parole. Tenter de lever les inhibitions des plus jeunes. Parce que d'expérience je vois que non seulement la misère mais aussi les petites chefferies incompétentes et arrogantes ça refleurit partout : dans les administrations, dans les services publics, dans les boites privées.
    L'esprit de résistance devrait être décrété d'urgence nationale

    By Anonymous Claude, at 11:25 PM  

  • J'aurais pas du écrire "le vieux fond catho", mais plutôt "le vieux fond chrétien (ou biblique)". C'était pas sympa pour Rocard et beaucoup d'autres que j'aime bien. Sauf des fois leur côté un peu raide et guindé qui peut énerver un peu. On a trop souvent vu dans le commerce des indulgences qu'a pratiqué la papauté que le côté mercanti. Finalement ça avait aussi des bons côté, voilà j'avoue mon côté indécrotable catho.
    Faut dire que j'avais un vieux curé qui en confession me disait "X. je ne veux pas savoir ce que vous avez fait ce mois ci avec les filles, racontez moi ce que vous avez fait de bien", j'étais son bras droit, celui qui sonnait les cloches, de bons souvenirs.

    By Anonymous Claude, at 11:45 PM  

  • D'ailleurs cette histoire de "racontez moi ce que vous avez fait de bien", on devrait peut-être tenter ça dans les réunions de sections (mot affreux), ça éviterait les mortifications qu'on se coltine trop souvent et le radotage jusqu'à plus soif de nos querelles. Au fil des jours ça finirait peut-être par dessiner un programme ?

    Allez, cette fois je vais dormir

    By Anonymous Claude, at 11:51 PM  

  • Claude,
    oui à la resistance,
    intelligente et justifiée,
    surtout pas quand elle n'a pas lieu d'être.

    Sur les petites chefferies incompétentes et arrogantes,
    je devrais m'opposer à Claude alors que je partage son avis.

    Mais il y a pire que les chefferies à mon sens,
    les employés serviles et peureux qui ne connaissent pas leur droit ou qui refusent de les faire valoir en se rangeant à la volonté du chef.
    Résister oui,
    mais à la connerie ambiante surtout.
    Et pour cela, un seul remede,
    la conscience et la connaissance.

    By Blogger grandourscharmant, at 11:55 PM  

  • Claude,

    Je suis catho de naissance et d'éducation, comme beaucoup, et ça ne s'oublie pas. Je crois que la vie spirituelle fait partie intégrante de l'être humain. Depuis une vingtaine d'années, je m'intéresse au bouddhisme. Ces derniers temps, j'ai une prédilection pour l'orthodoxie, le christianisme des origines. Pas plus tard qu'hier, je me suis rendu à la cathédrale de la rue Daru, à Paris. Mais à la différence de ton dominicain, je n'ai pas eu d'illumination !

    Dire ce qu'on a fait de bien, oui ça serait une excellente idée pour nos réunions de section.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:55 AM  

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