L'Aisne avec DSK

15 septembre 2009

A bas le bonheur !

Bonjour à toutes et à tous.

Stiglitz et Sarkozy veulent nous rendre heureux. Ils ont décidé d'ouvrir le calcul du PIB à notre bien-être. Ils ont entré le bonheur dans leurs statistiques et leurs ordinateurs. Nous voilà programmés pour la joie, le rire, le plaisir, la gaieté. L'intention est apparemment louable, je vous en ai parlé dans mon dernier billet. Elle laisse entendre que le règne de la marchandise n'est plus sans partage, qu'on va faire une place dans l'économie à l'humain. C'est bien.

Mais l'intention suppose aussi que le bonheur, outre qu'il soit mesurable (je n'y crois pas, c'était l'objet de ma réflexion d'hier), soit également positif, producteur de civilisation. Or je n'en crois rien non plus. L'humanité ne s'est pas développée, n'a pas fait de grandes choses à partir de son bonheur mais de son malheur. C'est la tragédie qui fait avancer l'Histoire, pas le bien-être. Si l'homme préhistorique avait été satisfait de son sort, cool Raoul et à l'aise dans ses baskets, nous serions encore des hommes des cavernes.

Mon chat est pour moi un objet de contemplation philosophique infinie : c'est la créature la plus heureuse au monde, j'en suis sûr, pas besoin même de mesurer son taux de satisfaction. Il mange, il dort, il joue et sans doute copule. Mais il n'a jamais bâti aucune civilisation avec les autres chats du quartier, il est trop heureux pour ça. L'art, la religion, la science, la philosophie, la morale, la technique sont des produits de notre inquiétude, de notre angoisse, de notre malheur, pas de notre bonheur.

Avant même Stiglitz et Sarkozy, la société contemporaine veut nous rendre heureux. Les socialistes, qui sont originellement des contestataires, devraient rejeter ce diktat. On nous sommes, partout, à la télé, dans les pubs, les magazines, d'être bien, de positiver, de se montrer jeune, bronzé, dents blanches, sourire jusqu'aux oreilles et ventre plat. Il faudrait refuser tout ça, réhabiliter la tristesse, l'insatisfaction, le désespoir comme moteurs de la revendication. Au nom de la laïcité, le bonheur devrait demeurer dans la sphère privée, domestique, intime et ne pas devenir un slogan politique, un objectif public.

Certes, il y a le mot fameux de Saint-Just pendant la Révolution Française : "Le bonheur est une idée neuve en Europe". Mais Stiglitz et Sarkozy ne sont pas les nouveaux Danton et Robespierre. Le contexte n'est pas le même. Au XVIIIème siècle, le bonheur était un concept révolutionnaire. C'est aujourd'hui une aspiration conformiste. Et puis, il ne faut rien accepter de ce qu'on vous impose : quand les troupes de Napoléon ont envahi l'Espagne pour la libérer, elles ont été accueillies au cri paradoxal de "A bas la liberté !". De même, contre Stiglitz et Sarkozy, soulevons-nous à ce mot d'ordre : A bas le bonheur !


Bonne matinée.

20 Comments:

  • j'aime beaucoup cette approche économico psychanalytique. si chaque individu pouvait être satisfait dans ses besoins primaires : un toit, à manger, l'accès aux soins et à l'éducation . j'ai vu , au début de la fameuse crise, une interview d'un économiste , assez provocatrice, dans laquelle il affirmait chiffres à l'appui , que le pouvoir d'achat ne baissait pas mais , qu'au contraire, il avait augmenté!!! il dénonçait l'augmentation artificielle voire perverse du degré de satisfaction de l'individu . val

    By Anonymous Anonyme, at 11:25 AM  

  • Autre provocation: j'estime que la gauche ne devrait pas se préoccuper de "pouvoir d'achat", qui est selon moi un thème de droite. Car on transforme l'individu en simple consommateur, on le rend dépendant de la société de consommation et de ses artifices quand le seul pouvoir qu'on lui reconnait c'est le pouvoir d'acheter. Quelle horreur !

    J'aimerais que tu me retrouves les références de cette interview ou le nom de l'économiste, qui rejoint ce que je pense. Il est flagrant que sur 30 ans le pouvoir d'achat a augmenté (un seul exemple : il y a 30 ans, on sortait moins souvent au restau), mais les inégalités aussi ! Là serait le thème d'action d'une gauche authentique : se battre contre les inégalités plus que pour le pouvoir d'achat.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:37 PM  

  • je vais rechercher . mais en gros : vivons avec notre temps : 1 téléphone portable : ok mais pourquoi 1 téléphone portable pour chaque membre de la famille.toujours le téléphone portable . ok sécurisant mais pourquoi rechercher le téléphone 4g ( 4ème génération)?manger à sa faim : ok mais pourquoi les restos , les fast food, les sanDwicheries.les vacances : ok mais pourquoi les destinations infinies ( parfois dans l'espace)? val

    By Anonymous Anonyme, at 1:43 PM  

  • La question que notre époque n'ose plus se poser : POURQUOI ? La question qu'elle pose trop souvent : COMMENT ?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 5:32 PM  

  • En fait entre pourquoi t'es con et comment tu fais pour être si con, il n'y a pas une marge énorme.

    By Anonymous Anonyme, at 1:49 AM  

  • Si, la marge est énorme : c'est la différence essentielle entre les fins (pourquoi ?) et les moyens (comment ?). Mais pour comprendre ça, il ne faut pas être trop con.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:19 AM  

  • On sait le malheur mesurable, entre perdre une dent, un emploi, une illusion, un ami, un parent, un enfant, sa vie, attraper un cancer en phase terminale, ou se faire voler sa voiture, on peut demander aux gens de classer ces différents malheurs du plus petit au plus grand, et ainsi on obtient un cliché collectif et sociologique.

    Pour le bonheur, on peut alors également y parvenir. On fait une première enquête sociologique pour ouverte pour définir les éléments de bonheur, et ensuite une deuxième enquête pour arriver à les classer.

    Habiter au bord de la mer plutôt qu'au bord d'une décharge publique.
    Avoir des enfants en bonne santé qui réussissent des études supérieures.
    Avoir un bon job bien payé au lieu d'un emploi sans intérêt et mal payé.
    Etc.


    Pour ton chat, c'est assez facile à codifier, son plus grand malheur sera de se faire écrabouiller par un camion au lieu de venir manger des croquettes et de boire son lait en regardant la télévision.

    By Blogger jpbb, at 12:03 PM  

  • Provocateur... ;-)

    Si tu veux que la gauche arrive au pouvoir, il va falloir que tu te battes pour le bonheur du peuple. Tout autre combat serait suicidaire.

    Bon, c'est ton choix, si tu aimes...

    La gauche serait-elle par essence masochiste ?

    By Blogger jpbb, at 12:06 PM  

  • Entre pourquoi et comment on est con je ne fais pas de différence.
    D'ailleurs la fin justifiant les moyens et réciproquement, seul le résultat compte, et le résultat ...on le connait.

    By Anonymous Anonyme, at 1:47 PM  

  • On est con en disant ou faisant des conneries. Mais pourquoi y a-t-il des cons, ça c'est un grand mystère. Pourquoi par exemple ne suis-je pas con alors que tant d'autres le sont ? Bizarre non ?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 7:26 PM  

  • Le problème c'est de valider une telle affirmation personne ne pouvant se faire justice lui même.

    By Anonymous Anonyme, at 7:27 AM  

  • Il n'est pas question de se faire justice mais de donner une opinion.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 1:10 PM  

  • Bon j'explique, rien que pour vous.
    Vous dites "pourquoi ne suis-je pas con". Ca c'est une affirmation qui n'est validée que par vous même et qui n'a donc aucune valeur. Ok?

    By Anonymous Anonyme, at 1:57 PM  

  • Non, parce qu'il faudrait vraiment que je sois con pour être le seul à penser que je ne le suis pas. Or j'ai de nombreux témoignages en ma faveur, dont certains assez prestigieux.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:37 PM  

  • Sortez les sinon ça n'a aucun sens.
    Et puis on va se marrer.

    By Anonymous Anonyme, at 10:41 PM  

  • Je n'ai ni l'intention de vous obéir, ni de vous faire rire. Tant pis pour vous.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 1:17 PM  

  • D'accord mais dans ce cas il ne faut pas avancer des "preuves" que l'on est incapable de produire.

    By Anonymous Anonyme, at 1:49 PM  

  • Je suis capable de les produire mais sûrement pas à quelqu'un comme vous. J'ai tout de même une certaine éthique !

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 6:03 PM  

  • Il vous est souvent arrivé de dire à vos interlocuteurs "c'est trop facile de dire un tel ou un tel est de mon avis sans donner les noms et en restant en plus dans l'anonymat".
    Mais bien entendu, vous qui n'êtes pas anonyme, cette règle ne s'applique pas à vous.
    La encore pas crédible.

    By Anonymous Anonyme, at 6:11 PM  

  • Ta geueule l'anonyme et fais de la politique ouvertement et publiquement

    By Anonymous Anonyme, at 5:04 PM  

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