L'Aisne avec DSK

30 décembre 2007

La foi et le doute.

Bonjour à toutes et à tous.

Je suis allé peut-être vite en besogne, hier soir, en faisant reposer l'engagement politique sur une sorte de foi. Si j'en restais là, ce serait la voie ouverte au fanatisme, dans quoi basculent souvent la religion ... et la politique. Dans ce dernier cas, le fanatisme n'a rien de spectaculaire ou de sacrificiel. Il porte un nom qui le définit bien: la bêtise. Oui, la bêtise est une forme de fanatisme au quotidien. On devient fana de quelque chose ou de quelqu'un, et donc complétement bête. La foi, il en faut en politique, à condition qu'elle s'accompagne du doute. Dans la bêtise, le doute est absent. La foi et le doute ne sont pas incompatibles. Au contraire, je crois qu'ils se nourrissent l'un l'autre. Le Christ de Pasolini a la foi et il doute, notamment sur la Croix.

Je reviens à la politique. Elle a besoin de foi, pour sortir de la routine, du quotidien. Pourquoi la grande majorité des gens ne font pas de politique? Pourquoi a-t-on de plus en plus de mal à trouver des militants? Parce que la vie ordinaire de la plupart, c'est travail, famille, amis, et voilà tout. Là, on ne doute pas trop: le travail, il en faut pour vivre, la famille, c'est dans l'ordre des choses, les amis, ils nous font oublier un peu le travail et la famille. Hormis cela, le reste peut sembler vain, très aléatoire. J'ai la foi en ce que je fais, FOL, Rencontre Citoy'Aisne, PS, ce blog, ça me prend beaucoup de temps, ça ne me rapporte rien sinon des ennuis et des inimitiés, mais j'y crois. En même temps, je doute, constamment, et j'ai presque envie de vous dire: de plus en plus. Et c'est inévitable. Donner du sens à mes actions, les relier dans une forme d'unité, espérer une finalité, c'est tout sauf évident. Dans toute foi, il y a de la douleur et de la solitude, parce qu'il y a aussi du doute.

Prenez la politique saint-quentinoise. Je lisais hier, dans Le Courrier Picard, un recensement des "bides" locaux de l'année, et je tombe sur cette ligne:

"Autre cafouillage, celui qui règne dans les rangs du Parti socialiste en cette fin d'année à propos de la désignation du candidat socialiste aux municipales de 2008. Après l'échec aux législatives, on attendait mieux."

Et moi donc! Nous voilà repartis pour six années d'opposition, c'est quasi certain, avec une tête de liste qui nous ramène douze ans en arrière, lorsqu'il était déjà conseiller municipal d'opposition et principal opposant à Pierre André. Qu'est-ce que ça a donné? Ca ne donnera rien de mieux avec l'estampille officielle "Parti socialiste", d'autant que c'est de la pure procédure, comme vous le savez, puisque le candidat n'a que le soutien d'un courant localement et nationalement minoritaire. Il en faut, de la foi, pour continuer au milieu de tout cela, pour ne pas lâcher prise. Il y a toujours une petite musique qui me dit, en moi, qu'il faut arrêter, rompre avec tout ça qui visiblement ne mène à rien. D'autant que je n'ai pas besoin de la politique pour remplir ma vie. J'ai au moins trois autres tentations:

- La philosophie, qui est plus qu'un métier, une vocation, que je pourrais prolonger, approfondir, à travers des études, des recherches universitaires, une thèse de doctorat, la rédaction d'un livre.

- La littérature, qui m'a toujours tenté, que je pratique régulièrement, en dehors de l'écriture de ce blog.

- Le bouddhisme, qui m'a toujours intéressé, depuis une vingtaine d'année, dans sa doctrine et son exercice, un travail sur soi même qui me semble parfois la chose la plus importante au monde, à côté de quoi une réunion politique (et surtout celles que je fréquente depuis plusieurs années!) est inutile et dérisoire.

Je pourrais tourner la page, passer à autre chose, à ces trois choses-là, plus fortement, plus intensément, abandonner PS, FOL, café philo et tout le reste, et ce blog aussi. Je pourrais mais je n'y arrive pas encore, peut-être jamais. La foi, c'est ça, et le doute, c'est ça aussi.


Bonne matinée.