L'Aisne avec DSK

17 août 2008

Trois primaires.

Bonjour à toutes et à tous.

L'actualité nationale et internationale m'a un peu éloigné de la lecture des contributions socialistes, auxquelles je reviens ce dimanche, pour éclaicir un point qui pèsera lors du congrès: la proposition de primaires pour désigner notre candidat à la présidentielle. Comme le concept est étranger à notre culture politique, comme le terme est importé d'Amérique, les contresens sont nombreux. Je vois au moins trois définitions qu'on peut donner des primaires à la française, dont une seule me semble pertinente pour le Parti socialiste:

1- Le mot de "primaires" a été utilisé pour qualifier la désignation interne de notre candidat à l'automne 2006, opposant Royal, Fabius et DSK. L'usage était totalement abusif. Il s'agissait simplement d'une campagne entre candidats à la candidature, et non d'une primaire. Le dispositif était certes inédit, mais ce n'était pas une nouveauté statutaire puisque le choix du candidat par tous les adhérents est une décision prise au début des années 90. Mais auparavant, nulle campagne ne précédait, les socialistes votaient directement (c'est ainsi qu'en 1995 nous avons choisi Jospin alors qu'Emmanuelli était également candidat).

Cependant, d'une certaine façon, cette "fausse" primaire soulignait l'importance et la nécessité d'une authentique. Car de nombreux Français ont adhéré spécialement pour y participer (la plupart sans poursuivre). N'oublions pas que la formule, à l'époque, a séduit (même si elle est aujourd'hui décriée...) puisque même l'UMP l'a singée (son candidat était d'avance connu). Ses limites, c'est la difficulté des candidats appartenant à un même parti de se distinguer alors qu'ils se battent pour un même programme, préalablement adopté par les adhérents. Le hic est là, qui interdit la reprise telle quelle de ce dispositif.

2- Les socialistes qui tiennent à ce que leur candidat soit désigné par les adhérents, et non par des sympathisants extérieurs au Parti, proposent une primaire en deux temps. Les partisans de Hollande notamment ont cette préférence, qu'ils ont exprimé le mois dernier dans une tribune libre: "Les militants doivent rester les seuls dépositaires, par leur vote, du choix du candidat pour l'élection présidentielle. Cette option n'exclut pas la perspective, dans un second temps, d'une primaire avec d'autres partis de gauche."

C'est ce que j'appelle une primaire au rabais, à bien des égards absurde. D'abord parce qu'il y aurait deux votes pour un même objectif, désigner le meilleur candidat. La procédure serait redondante. Et puis, une fois choisi le candidat du Parti socialiste, les jeux seraient quasiment faits, puisqu'on n'imagine pas les sympathisants se tournant vers le candidat communiste ou radical de gauche. Le vice de ce système, c'est qu'il renforce la division de la gauche au lieu de faire émerger une candidature commune. Il est donc à proscrire.

3- La seule primaire digne de ce nom et adaptée à la situation de la gauche française aurait lieu en un seul tour, serait ouverte à toute candidature (sans pré-sélection au niveau des organisations politiques) et désignerait non un candidat socialiste mais un candidat de toute la gauche. C'est pourquoi cette solution atteindrait sa perfection dans le cadre de la constitution d'un grand parti de toute la gauche. En attendant cette nouvelle formation (sorte d'UMP de gauche, si vous me permettez l'image), la primaire peut déjà s'organiser pour 2011, comme le propose Pierre Moscovici.


Bon après-midi.

3 Comments:

  • Le PS fonctionne collectivement, par le dialogue et le débat. Le Programme de gouvernement est donc sencé être définit par l'ensemble des intelligences s'affrontant, chacun pouvant librement critiquer ou améliorer une idée, chacun peut, surtout avec internet, proposer sa vision des choses, expliquer et convaincre pourquoi elle est en accord avec nos idéaux de toujours, et les circonstances du moment.

    Une fois ce programme pour le quinquennat mis en forme, il s'agit de choisir, toujours collectivement, la meilleure personne pouvant le mettre en place, et c'est cette personne qui sera si elle est élue par la majorité des Français, président de la République pour les cinq ans.

    Se limiter aux militants risque de fausser le résultat et la compétition, car au final, ce sont les Français qui choisissent. La formule d'ouvrir alors à toute la gauche et pourquoi pas à toute personne acceptant de débourser une somme minime est alors souhaitable, car on choisit alors la personne la plus performante pour l'emporter. Néanmoins, on peut envisager qu'un certain nombre de personnes, soient suffisamment perverses pour désigner une brèle afin de nous planter. Nos adversaires politiques, à droite comme à gauche n'ont aucun intérêt à nous faire de cadeaux. Par sécurité alors, on peut envisager un vote ou seuls les militants du PS pourraient désigner leur candidat, il est illusoire de croire que la LCR dont c'est le seul moment d'existence politique s'aligne derrière le PS, faut pas rêver.

    Par contre, l'ouverture pourrait se faire pour tout militant, et pendant six mois, on pourrait voter chaque week-end et procéder par élimination successive, afin de désigner le vainqueur sur l'ensemble du parti lui-même et non à partir de quelques candidatures trop ciblées au départ. Cela donnerait un coup de neuf au PS, et permettrait d'occuper les médias pendant six mois en tête d'affiche.

    Accessoirement, cela permettrait de jauger les personnes les unes par rapport aux autres sans avoir à passer par la fondation de courants, cette bizarrerie qui nous fait prendre les pieds dans le tapis à chaque fois en opposant les personnes, au lieu de les faire travailler ensemble.

    By Blogger jpbb, at 4:44 PM  

  • Une référence donc... ;-)

    http://partisocialiste.blog.lemonde.fr/2008/08/17/les-socialistes-les-sondages-et-lopposition-et-un-conseil-de-mitterrand/

    By Blogger jpbb, at 4:47 PM  

  • La crainte d'une manipulation des primaires par des votes insincères et téléguidés n'est pas fondée lorsque le corps électoral est puissant (par exemple trois millions de sympathisants s'exprimant). Les manoeuvres marginales sont diluées dans la masse, comme elles le sont dans une élection grandeur nature. En revanche, quand le choix se fait au niveau d'un parti (ne parlons même pas au niveau d'une section!), le risque de manipulation est beaucoup plus grand.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 6:26 PM  

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