L'Aisne avec DSK

14 juin 2007

1968 et la transgression.

Bonjour à toutes et à tous.

Pour justifier son ralliement (tardif) à Nicolas Sarkozy, Gérard Depardieu y est allé fort, hier sur RTL: "je suis devenu intelligent", "les promesses de Sarkozy sont très bonnes", "les autres sont minables en face" et ce dernier aphorisme, qui passera à la postérité: "68, on s'en fout!". Il faut mettre ces excès sur le compte du zèle que pratiquent toujours les nouveaux convertis, on le voit en religion et en politique. Quant au rejet de Mai 1968, Depardieu a beaucoup à se faire pardonner. L'ancien voyou de Châteauroux, la "racaille" de l'époque, a largement contribué à diffuser le thème soixante-huitard de la libération sexuelle dans le film-culte de Bertrand Tavernier Les Valseuses, qui est un peu le Easy Rider français.

Ce reniement du mouvement de Mai m'irrite au plus au point. Je ne suis pas vraiment un enfant de cette époque mais des années 70, j'en ai cependant apprécié et conservé l'esprit. Je le dis à mes jeunes lecteurs, il fût un temps où le rejet de l'autorité, la contestation de la morale, la critique du travail aliénant, la libération des moeurs étaient de belles et bonnes choses. Ce passé dont nous fêterons l'an prochain le 40ème anniversaire est toujours présent, toujours vivifiant malgré les menaces de mort que font peser sur lui Depardieu, Sarkozy et consorts. Le PACS, la reconnaissance de l'homosexualité, la parité homme-femme, la liberté de ton dans la plupart des médias et bien d'autres choses actuelles, nous les devons à Mai 68.

Mais je les entends, vraie droite et fausse gauche réunies, dénoncer la profonde transgression qu'a permise Mai 68, dont nous subirions aujourd'hui les conséquences désastreuses. Alors laissez moi rire d'un grand éclat, à la Cohn-Bendit, et vous conseiller de lire Philosophie magazine, n°8, avril 2007, p.37: "je pense qu'on se construit en transgressant(...)L'intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c'est justement qu'elles permettent la transgression(...) La liberté, c'est de transgresser". Quel ignoble soixante-huitard a fait cet éloge de la transgression? Nicolas Sarkozy!

Et savez-vous ce que lui répond son interlocuteur Michel Onfray, libertaire et hédoniste, donc soixante-huitard: "je suis pour qu'il y ait peu de règles, mais pour qu'elles puissent être respectées et non pas transgressées. Je n'aime pas la transgression..." C'est le monde à l'envers? Pas du tout. Mai 68 n'est pas ce qu'on croit ou ce qu'on veut lui faire dire. Je me souviens, en 1978, d'un slogan délavé sur un mur d'Argelès-Gazost, ultime trace de 1968 dans cette petite ville des Pyrénées où j'étais interne: "l'anarchie, c'est l'ordre moins l'autorité".

La transgression ne vient pas d'où l'on pense mais du capitalisme destructeur de toute valeur, Marx l'écrivait déjà dans son Manifeste au milieu du XIXème siècle. Ce que je ne supporte pas, c'est cette bourgeoisie hypocrite dont Sarkozy, Depardieu et leurs amis sont les dignes représentants, faisant la morale, condamnant Mai 68 alors qu'ils sont à l'origine de la transgression qu'ils lui imputent. Nous retrouvons ainsi l'hypocrisie bourgeoise décrite par Flaubert, quand on prêche la pauvreté alors qu'on s'enrichit, quand on défend l'institution du mariage alors qu'on entretient des maîtresses, quand on défend la propriété privée et qu'on prive le prolétariat de toute propriété. Ce que Sarkozy et sa clique veulent, c'est se réserver l'esprit de Mai et ne pas le laisser se répandre parmi le peuple. Dangereux, trop dangereux. A nous de dénoncer cette formidable imposture.

Bonne fin de matinée.

6 Comments:

  • La racaille qui gagne des sous finit par devenir bourgeoise ? Il n’y a plus de morale mon bon monsieur...

    By Anonymous Anonyme, at 1:23 PM  

  • les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent et surtout les croient! Gérard Depardieu n'est pas un modèle de subtilité et d'intelligence. Il peut croire NSK et le soutenir.
    J'étais lycéen en mai 68 et j'en garde un excellent souvenir non pas des manif ni des piquets de grève mais des discussions, des réflexions... J'étais alors interne en Ecole Normale et il n'était pas question de démolition, de trangression mais de savoir comment avoir l'ordre sans la répression, comment travailler sans subir l'opression et les cadences, enfin comment vivre mieux! Il y avait bien sur des slogans "il est interdit d'interdire " et autres... ils exprimaient plus un mode de fonctionnement qu'une révolution.
    MD

    By Blogger md, at 3:06 PM  

  • Je suis friand de vos témoignages sur Mai 68, à la façon de Michel. Comment avez-vous vécu le joli mois de mai? Qu'en retenez-vous pour la refondation de la gauche, 39 ans après?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 3:53 PM  

  • Mai 68 à Strasbourg, en grève avant Paris, de la parole spontanée entre les gens dans la rue, des vacances avant les vacances, la lune et tout de suite, l’incompréhension des braves gens défilant après la manif étudiante, la tentative de récupération des esprits dits révolutionnaires essayant de monter dans le train filant vers la plage.

    Je dois bien avoir quelques affiches dans le grenier... ;-)

    By Anonymous Anonyme, at 6:20 PM  

  • Les greniers sont pleins de trésors cachés. Ils sont à notre image. Montre moi ton grenier et je te dirai qui tu es...

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:33 PM  

  • Un con ça ose tout: c'est d'ailleurs comme ça qu'on les reconnait les depardieukouchner.

    By Anonymous Anonyme, at 10:25 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home