L'Aisne avec DSK

20 juillet 2007

Adam Smith, social-démocrate?

Bonsoir à toutes et à tous.



Depuis quinze jours, j'essaie de réfléchir aux liens conceptuels qui existent entre le socialisme et le libéralisme, en me disant que leur synthèse porte un nom, la social-démocratie, et que c'est l'une des pistes pour préparer la refondation du PS et répondre beaucoup plus et mieux aux aspirations du monde moderne, en premier lieu des salariés. Je comprends bien ce que cette position peut avoir d'iconoclaste et même de provocatrice. Mais quelle n'est pas ma surprise de découvrir qu'une note de lecture de L'Humanité, publiée le 10 juillet sous la plume de Nicolas Chevassus-au-Louis, apporte de l'eau à mon moulin!



L'auteur commente un ouvrage de Garëth Stedman Jones, un historien britannique, intitulé La fin de la pauvreté? Un débat historique, paru cette année aux Belles Lettres. La thèse est surprenante, je vous la livre: Adam Smith, qui est au libéralisme ce que Marx est au communisme, serait le père de la social-démocratie. Celle-ci, qu'on fait découler du socialisme à la fin du XIXème siècle, serait par conséquent antérieure, fin du XVIIIème, et liée à ce qu'on croit être son adversaire, le libéralisme.



En effet, les objectifs d'Adam Smith peuvent être qualifiés de républicains et progressistes (socialistes?): produire des richesses (c'est son fameux ouvrage La richesse des nations), abolir la pauvreté, enlever aux églises le monopoles de l'assistance aux pauvres, dénoncer l'aristocratie qui s'accapare les richesses, reproduire en Europe la République américaine. C'est Malthus, selon Jones, qui va donner à l'oeuvre de Smith l'interprétation que nous connaissons, libéral-conservatrice et réactionnaire. Intéressant, non?



J'en profite pour revenir sur le précédent billet et le prolonger un peu. Le totalitarisme, n'est-ce pas la victoire de l'Etat sur la société, ce qui limiterait considérablement ma démonstration selon laquelle l'ennemi de l'individu, c'est la société, que l'Etat doit réguler et contrôler afin d'émanciper les individus? Je réponds que non. Certes, l'Etat peut être l'instrument d'une dictature, mais le totalitarisme est d'un autre nature, singulièrement plus tragique et barbare. C'est pourquoi ce n'est pas l'Etat qui est au coeur du mécanisme totalitaire mais, je le confirme, la société. Le stalinisme, le nazisme ou le maoïsme ne sont pas des excroissances monstrueuses de l'Etat (chose en réalité impossible) mais tout un phénomène de société pris dans une ferveur totalitaire, où tout le monde surveille tout le monde. Le stalinisme et le nazisme ne créent pas un Etat nouveau, démesurée, mais une société nouvelle, révolutionnaire chez les uns, réactionnaire chez les autres, en détruisant l'Etat ancien, tsariste ou prussien.



On pourrait aussi, dans le billet d'avant, me reprocher de faire remonter la naissance de l'Etat bien tardivement, alors que l'on peut peut-être parler d'Etat par exemple dans l'Empire romain. Là, je laisse la parole à mes lecteurs historiens, avec cette question: où et quand apparaît le premier Etat dans l'histoire de l'humanité?



Dernière remarque: faut-il encore se dire socialiste quand le mot d'ordre approprié est de libérer l'individu de la société, à l'aide de l'Etat et du marché? Je réponds que oui, la société étant alors, pour un socialiste, un progrès, un élan, une aspiration, un idéal, quelque chose de désirable et d'impossible vers quoi il faut cependant aller pour stimuler nos combats. Quand je lis Marx et ses quelques lignes sur la définition d'une société communiste, je me dis que c'est le rêve, et donc l'irréalisable. Et quand un rêve se réalise, c'est ce qu'on appelle un cauchemar, ce qu'a engendré le communisme mondial.



Bonne nuit, plein de rêves, et sans cauchemar...