L'Aisne avec DSK

21 juillet 2007

Le rôle de l'Etat.

Le libéralisme autant que le socialisme doivent répondre à la question du rôle qu'ils réservent à l'Etat, l'un passant pour lui être dangereusement hostile, l'autre pour lui être coupablement favorable. Et si la vérité était ailleurs, et d'abord, avant d'y répondre, dans la bonne façon de poser la question. Je laisse la parole, pour la dernière fois, à Nicolas Tenzer:

"Le libéralisme non seulement s'accomode d'un rôle plein et entier de l'Etat, mais souvent le requiert. Ce rôle n'est pas seulement régulateur, même s'il est dans la nature du libéralisme d'exiger des règles et des institutions de contrôle. Il est aussi actif et s'assimile à celui d'un entrepreneur qui prend des initiatives et fixe des objectifs stratégiques, ici en fonction de considérations politiques, comme on peut le voir en matière de recherche ou de grands investissements." (Faut-il sauver le libéralisme? pages 155 et 156)

Nous savons que la refondation du socialisme ne fera pas l'économie d'une reconsidération du rôle de l'Etat. Tenzer nous montre que le libéralisme n'est pas contre l'Etat, que l'Etat est indispensable à la définition du libéralisme, que le marché se construit en quelque sorte sous la protection de l'Etat. Nous pourrions dire inversement que le socialisme n'est pas nécessairement pour l'Etat, quand on saît qu'historiquement les premiers socialistes lui sont franchement défavorables. L'Etat est d'abord perçu comme un instrument d'oppression par les anarchistes et comme le pouvoir de la bourgeoisie par les marxistes. Le culte de l'Etat n'est pas de gauche, ni de la deuxième, ni de la première, ni d'aucune. C'est surtout la tradition républicaine qui défend l'Etat, encore s'agit-il de l'Etat de droit.Faut-il rappeler que pour Marx, le communisme passe par le "dépérissement de l'Etat"? On voit à quel point on en est très loin dans les régimes appelés communistes.

Comment des sociaux-démocrates modernes doivent-ils appréhender le rôle de l'Etat? Leur tradition s'est fait longtemps l'apôtre, c'est le cas de le dire, de l'Etat-providence, l'Etat redistributeur, qui a atteint aujourd'hui les limites de son efficacité, non pas parce qu'il n'y aurait plus de richesses et de recettes fiscales à redistribuer mais parce que ce mécanisme de justice sociale n'a pas pleinement atteint son objectif d'égalité (voir sur ce point les travaux de DSK, de nombreuses fois mentionnés sur ce blog, à propos de "l'égalité réelle").

Après l'Etat redistributeur, les socialistes, notamment Lionel Jospin, ont beaucoup parlé de l'Etat régulateur, approche sans doute utile mais insuffisante. A part l'ultralibéralisme dogmatique, qui ne reconnaît pas à l'Etat un rôle de régulation économique? Bref, il faut chercher autre chose, ailleurs, et se dire d'abord, en conformité avec la tradition socialiste évoquée plus haut, que l'Etat ne peut être, dans une perspective d'émancipation des individus et de l'humanité, qu'un moyen, un outil, non une fin en soi. Ce qui veut dire, politiquement et concrètement, que tout ce qui renforce le pouvoir de l'Etat n'a pas à être a priori et nécessairement défendu par un socialiste. Il faut que ce principe soit dit et su une fois pour toute.

Alors, toute précaution prise, quel rôle faut-il assigner à l'Etat? Pendant longtemps, la gauche française a raisonné en termes de nationalisations, nec plus ultra du socialisme, sur fond de marxisme mal assimilé: celui-ci ne revendiquait-il pas l'appropriation collective des grands moyens de production? Sauf que collectivisation n'est pas synonyme d'étatisation: remettre entre les mains de la société, ce n'est pas la même chose que remettre entre les mains de l'Etat.

Nicolas Tenzer offre une piste intéressante, l'Etat acteur, l'Etat entrepreneur, DSK parle plus volontiers d'Etat stratège. L'Etat serait alors, lui aussi, une entreprise comme une autre sur le marché, mais une entreprise différente des autres, politique et non économique. En tout cas, l'analogie de l'Etat et de l'entreprise justifie le rôle actif de celui-ci, qui ne saurait être être l'Etat minimal, l'Etat seulement tutélaire que soutiennent les ultralibéraux.

Bonne soirée.

2 Comments:

  • bonsoir,
    avant de savoir quels adjectifs doivent caractériser l'Etat, n'ayant pas une grande culture politique et philosophique, j'ai bêtement cherché sa définition. En fait j'ai découvert qu'il n'y a pas une définition de l'Etat mais de nombreuses!
    * société politique résultant de la fixation dans un territoire délimité par des frontières d'un groupe humain présentant des caractères plus ou moins marqués d'homogénéité culturelle et régi par un pouvoir institution-nalisé.
    * ensemble des pouvoirs publics par opposition aux citoyens
    * éléments centraux de l'administration
    * l'Etat prend son origine dans la conception de la cité. La question fondamentale est la nature du lien qui unit le groupe de personnes détentrices de l'autorité à un autre groupe qui lui est soumis
    et c'est là que ça se corse!
    - l'Etat est le résultat du pacte par lequel une multitude divisée devient une personne unique (Hobbes).
    - l'Etat ou la cité n'est qu'une personne morale dont la vie consiste dans l'union de ses membres (Rousseau)
    - L'Etat est une personne morale garante de la propriété; Il n'est pas seulement emprunteur mais aussi assureur et gardien des propriétés (Proudhon)
    - l'Etat est l'effectivité de la liberté concrête. L'universalité qu'il représente est donc ordonnée à la pleine satisfaction des indi-vidus( Hegel)
    - L'Etat est un organisme de contrôle et de repression au service d'une classe sociale dominante (Marx et Engels)
    - .......

    Tout cela me met dans tous mes états!! :))

    Ce qui intéresse le citoyen lambda que je suis n'est pas de savoir ce qu'est l'Etat et ce qu'il doit être ou faire! La notion d'Etat est trop floue et ambigue. Les questions que je me pose sont :
    Qui ou quelles institutions ont le pouvoir de faire bouger les choses, de les contrôler pour le bien de tous? Le(a) Président(e)qui préside, le Gouvernement qui gouverne mais sous l'autorité de qui?, le Parlement qui légifère mais quelle est sa réelle représentativité?...Quelle institution contrôle l'autre?Sarkosy préside, gouverne et même légifère! Est ce un bien est ce un mal?? la main mise des institutions entre les mêmes mains amènent des dérives totalitaires, la cohabitation c'est l'immobilisme!! Alors que faire?
    Comme les indigènes d'Amazonie peut-être, qui n'ont ni Etat ni chef car il n'y a pas d'accumulation mais un simple échange de biens et de services donc pas de division en classes sociales d'exploiteurs et d'exploités! A quoi peut servir une accumulation de richesses, de biens? Même la maison commune est bâtie par tous, hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux...pas besoin de RMI, pas besoin d'assistanat, pas besoin de patrons, ni d'ANPE...
    Le rêve quoi!
    MD

    By Blogger md, at 9:03 PM  

  • A Michel et à vous tous, à propos de l'Etat, je recommande la lecture d'un ouvrage qui a eu un certain succès dans les années 70, "la société contre l'Etat", de Pierre Clastre je crois (vérifiez le nom), un ethnologue expliquant l'absence d'Etat dans les sociétés primitives.

    Ceci dit, je ne suis pas personnellement très chaud pour vivre à l'amazonienne! J'évolue dans un confort rudimentaire auquel je tiens.

    Philosophiquement, il faudrait faire un travail conceptuel afin de préciser et distinguer l'Etat, le pouvoir, le gouvernement, l'autorité.

    Bon dimanche.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 11:24 AM  

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