L'Aisne avec DSK

03 novembre 2007

La mentalité social-démocrate.

Je reviens au livre de Jean-Luc Mélenchon, pour vous citer un extrait qui me semble particulièrement intéressant à étudier:

"Dans la société de marché, la mentalité sociale-démocrate, si je peux m'exprimer ainsi, peut se sentir à l'aise a priori. Car la social-démocratie porte une vision utilitariste de l'action politique, où aucune fin en particulier n'est visée. Elle cherche "simplement" un bien-être général et celui-ci se confond, pour elle, avec les progrès de la consommation de masse. Pour les sociaux-démocrates, toutes les valeurs morales et religieuses sont à peu près équivalentes et toutes acceptables, dans le respect du droit à la différence de chacun. Les formes institutionnelles de la démocratie politique sont jugées d'après leur aptitude à produire une décision correctement" (pp. 79-80) [les termes en gras sont soulignés par moi].

Ce passage est à mes yeux d'une importance capitale parce qu'il décrit presque parfaitement (à quelques nuances d'expression près) ce qu'est la social-démocratie, ou plus exactement la "mentalité" social-démocrate. Je reprends et je commente chaque point du tableau:

- La social-démocratie est en effet "à l'aise" avec le marché puisqu'elle se développe en son sein, à la différence sans doute du "socialisme historique" que défend Mélenchon et qui veut rompre historiquement avec le marché.

- La social-démocratie est "utilitariste". Sa seule raison d'être, c'est de se rendre utile aux salariés et au plus grand nombre afin de concourir à son émancipation.

- En ce sens, ce régime ne vise "aucune fin en particulier", il laisse les citoyens se donner les fins qu'ils souhaitent poursuivre. La social-démocratie est un moyen, un instrument au service des travailleurs.

- Collectivement et historiquement, la social-démocratie pose les conditions économiques et sociales du "bien être général", donc des "progrès de la consommation de masse", après des siècles de rareté, de pénurie, souvent de disette, de famine et de pauvreté généralisée.

- La social-démocratie tolèrent toutes les opinions qu'autorise le droit, et c'est ce qu'on appelle la démocratie et la laïcité. Ces opinions sont"équivalentes", l'Etat n'a pas à en privilégier une plus que les autres.

- Le "droit à la différence" est la règle de la social-démocratie car celle-ci est républicaine. A l'intérieur de la République, dans le cadre de ses lois, les différences politiques, religieuses, morales, sexuelles et autres sont garanties dans leur existence et leur expression.

- En social-démocratie, ce qui compte, ce ne sont pas les discours généreux, les envolées utopiques, les bonnes intentions (dont l'enfer communiste était pavé), mais ce sont les "décisions correctement" prises et surtout leurs résultats.

Bravo à Jean-Luc pour ce bel éloge de la social-démocratie en ses fondements quasi philosophiques, sauf que ... Jean-Luc ne fait pas un éloge mais ... une critique! Ce qui pour moi relève de qualités sont pour lui autant de défauts et même de dangers. Et dans les lignes qui suivent (pp. 80-81), que je ne peux pas citer faute de place, Mélenchon oppose à la social-démocratie son "socialisme historique", qui prend le contrepied des caractéristiques ci-dessus évoquées. Je retiens trois points forts de ce socialisme historique:

1- Il est "adossé à une vision de l'histoire plus globalisante" (la social-démocratie ne se préoccupe que du présent, ne s'inscrit pas dans une téléologie, un sens de l'histoire, dont on a vu avec le communisme les dégâts qu'il pouvait provoquer).

2- Le socialisme historique recherche "l'intérêt général" (en quoi il est plus républicain et moins marxiste que la social-démocratie, qui s'appuie sur la classe ouvrière et le salariat).

3- Ce socialisme repose sur "des principes de vie commune" (sa dimension communautaire est plus forte que sa dimension d'émancipation individuelle, propre à la "mentalité" social-démocrate).

Social-démocrate ou socialiste historique, chacun dira en quoi il se reconnait. BHL, dans sa dénonciation de la "gauche lyrique", visait précisément ce socialisme historique et défendait en revanche les caractéristiques de la social-démocratie telles que je viens de les commenter et de les approuver.


Bon après-midi.

3 Comments:

  • Bien. Rien à dire,un bon plan ,une belle analyse,bien structurée.
    Bref un bon devoir de vacances ,bien meilleur que le précédent sur Mélanchon,qui m'avait laissé un peu sur ma faim et que je m'étais permis de critiquer.
    Toutefois je vais te demander de revoir ton travail et de le compléter par une 3eme partie en quelque sorte sur la problématique suivante: La social-démocratie et le socialisme historique peuvent ils cohabiter?
    Tu voudras bien en tirer toutes les conséquences pratiques sur le fonctionnement du PS aujourdhui.
    Ma thèse que tu n'es pas obligé de suivre bien entendu, c'est que oui si l'on veut bien prendre en compte "l'effet posture "et le coté caricatural propre aux démonstrations des hommes politiques (en tout cas souvent).
    Merci.

    By Anonymous Anonyme, at 6:57 PM  

  • Bon, si je comprends bien, même en vacances, je dois travailler. Je plaisante bien sûr, le travail intellectuel est pour moi un plaisir (en revanche, les murs de ma maison ne sont toujours pas refaits, si ce travail intéresse quelqu'un, il aura droit à mon estime et un repas au restau!).

    La social-démocratie et le socialisme historique peuvent-ils cohabiter? A St Quentin, difficilement, si j'en crois ce qui se passe depuis quelque temps et avec la catastrophe qui s'annonce. Mais heureusement, la France n'est pas St Quentin!

    Je pense qu'ils peuvent cohabiter, mais dans la clarté d'une ligne politique appuyée par une majorité. En revanche, leur synthèse politique me semble très difficile (et le livre de Mélenchon le prouve). Pour moi, le socialisme historique appartient à l'Histoire et n'est plus actuellement majoritaire dans le parti. S'il se satisfait de cette position minoritaire, tout va bien.

    Mais je crois que pour lui, rien que pour lui, mieux vaudrait qu'il fonde son propre parti, avec les communistes et les antilibéraux. C'est d'ailleurs le chapitre 4 du livre de Mélenchon: "Vers une force nouvelle". La réponse à ta question, la voilà, ce n'est pas moi qui la donne, c'est Mélenchon. Mais tous les socialistes historiques auront-ils l'honnêteté, la cohérence et le courage de Mélenchon? J'en doute un peu, pour ne pas dire plus ...

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:22 PM  

  • Ah j'oubliais: en ce qui concerne "l'effet posture" et "le côté caricatural", je crois qu'à St Quentin, nous allons être servis!

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:24 PM  

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