L'Aisne avec DSK

04 novembre 2007

Le devoir d'unité.

Bonjour à toutes et à tous.

Ecoutant ce matin sur France-Inter la revue de presse d'Yvan Levaï, j'apprends dans je ne sais plus quel journal qu'un sondage, si l'élection présidentielle avait lieu aujourd'hui, donne 55% à Nicolas Sarkozy et 45% à Ségolène Royal. Ce n'est qu'un sondage, bien sûr. Il n'empêche, l'onde de choc de mai 2007 ne s'est pas dissipée, la droite demeure puissante et dominante. La mobilisation des salariés contre les mesures gouvernementales n'est pas dans sa grande forme. Il y aura à nouveau grève contre la réforme des régimes spéciaux le 13 novembre et surtout la grève de toute la Fonction publique le 20 novembre.

Ce mouvement-là, il ne faudra pas le rater! Il nous donnera l'occasion de sortir du faux débat sur les régimes spéciaux, véritable piège dans lequel certains à gauche se sont lancés tête baissée. Le vrai problème politique, la question de société, c'est la suppression d'un fonctionnaire sur trois, en attendant un fonctionnaire sur deux: c'est la mise à mal du service public, un des piliers de la société française, qui doit provoquer le débat sur la nature véritable du sarkozysme et susciter un fort mouvement de protestation et de résistance. A la différence des régimes spéciaux de retraite, chaque citoyen peut et doit se sentir concerné et s'associer à ce combat.

Le sondage dont je vous parlais au début fait aussi état d'un phénomène pas tout à fait nouveau mais qui se confirme et se développe: la montée en popularité du guévariste (puisque c'est sa référence historique, après Trotsky) Olivier Besancenot. Les socialistes, je le dis depuis longtemps, ont eu trop d'indulgence et parfois de bienveillence envers le leader de la LCR. Il faut le traiter pour ce qu'il est, un adversaire constant du PS, ne pas laisser croire qu'il appartiendrait vaguement mais sûrement à notre famille politique, une sorte de cousin éloigné, turbulent mais sympa. Non, Besancenot nous a toujours combattu, et rallié ponctuellement, quand ça l'arrangeait ou quand il ne pouvait pas faire autrement. Et n'allez pas me chanter l'air de l'unité, la chansonnette de l'union de toute la gauche! Les Castafiore, qu'elles restent chez elles, dans leur ignorance politique! François Mitterrand, qui est quand même une référence en matière d'union de la gauche, croyez-vous qu'il ait été tenté de s'allier une seule seconde à Alain Krivine? Si vous pensez que oui, relisez votre histoire politique ...

Les sociaux-démocrates, parce qu'ils ont une identité politique forte, parce qu'ils savent d'où ils viennent, où ils vont et ce qu'ils veulent, sont les seuls à gauche aptes à tenir tête à Besancenot et son cortège antilibéral. Le "socialisme historique" est en pleine panade, complètement déboussolé (regardez son attitude face au nouveau traité européen: Hamon dit qu'il faut s'abstenir, Fabius qu'il ne faut pas aller voter et Mélenchon qu'il faut voter non!). Son seul salut, et ça Mélenchon le comprend, c'est de créer une force nouvelle avec ... Besancenot. Parce qu'entre nous soit dit, je ne pense pas qu'Olivier va rejoindre l'aile gauche du PS et le club "Gauche Avenir" (drôle de nom quand on est surtout attaché au passé). Si le PS n'y prend pas garde, la LCR va venir marcher sur nos plates-bandes (si ce n'est déjà fait!).

Cette situation politique faite au PS (suprématie de la droite, concurrence de l'extrême gauche) nous oblige à l'unité. Sans elle, en dehors elle, contre elle, nous sommes fichus. Ce ne sera pas facile: le parti se divise (voyez à nouveau les réactions sur le traité européen), la rénovation avance très, très lentement, François Hollande est en transit puisqu'il ne sera plus à la tête du parti l'an prochain, il nous manque un leader qui rassemble . C'est pourquoi les élections municipales nous font un devoir de nous rassembler. Si c'est difficile au sommet, du moins pour le moment, ce peut être plus simple à la base, lorsqu'il s'agit de considérations locales.

Sauf que chez moi, je ne suis pas gâté. Mais ne dit-on pas qu'on n'est pas prophète dans son pays? La division est à son plus haut niveau, la défaite est quasiment annoncée, les gens que je rencontre et avec lesquelles je discute sont atterrés: comment une section peut-elle en arriver là? Et dire que je vous tenais des propos optimistes, sur ce blog, il n'y a pas si longtemps. Je m'en veux presque ... En tout cas, je me suis bel et bien trompé, ou plutôt, j'ai été trompé: l'idée d'une candidature unanime, recherchée sur la base du dialogue, en renonçant aux rapports de force, cette idée-là, combien m'ont juré qu'elle était une bonne idée! Résultat: très peu aujourd'hui la défendent, et c'est le choix d'une multitude de candidatures qui l'emporte. Mais ceux qui ont fait ce choix irresponsable (et jusqu'au dernier moment inavoué parce qu'inavouable) sont maintenant seuls face à eux-mêmes, au désordre qu'ils ont introduit et à l'échec qu'ils ont programmé.

Que me reste-t-il à faire? Renoncer, me résigner, abandonner, jeter l'éponge? Sûrement pas. J'en ai vu d'autres, même si, il est vrai, je n'en ai pas vu de pire. Ma solution, toujours la même: être cohérent avec ses convictions, faire ce qu'on dit. Pour moi, il n'y a qu'un seul mot d'ordre, un seul objectif, même si j'étais seul à le proclamer (ce qui n'est pas le cas, je vous rassure): le devoir d'unité. Concrètement, on fait comment pour sortir de la crise? Comme souvent en politique, il faut regarder le calendrier. Le 16 novembre, nous choisissons notre candidat, les socialistes votent: c'est la date-butoir. Si à ce jour nous arrivons devant les adhérents divisés, c'est-à-dire avec une candidature unique mais ne faisant pas l'unanimité, ce sera fichu. La division s'étalera aux yeux de tous, et spectaculairement, par le nombre d'abstentions. Le pire, c'est que le candidat sera tout de même investi alors qu'il aura été affaibli. Le ver sera dans le fruit pour toute la campagne, avec pourrissement assuré. Il n'y aura que la courte euphorie des inconscients heureux de voir "leur" candidat désigné, qui très vite, comme tout le monde, vont déchanter.

Donc, devoir d'unité, et tout faire, y compris l'impossible, pour que le rassemblement se fasse. Tant qu'il y a un espoir, j'y crois. Et trois rendez vous sont porteurs d'espoir: la réunion de bureau de mercredi prochain, où nous pourrons nous expliquer en cercle restreint (et donc, c'est à souhaiter, plus sereinement), la venue de la commission électorale fédérale (qui apportera la distance nécessaire pour que chacun reprenne ses esprits et examine objectivement la situation), la présentation de la candidature vendredi (où nous pourrons à nouveau, les uns et les autres, nous expliquer devant nos camarades). Trois rencontres, trois occasions de dialogue (si nous le voulons tous, mais est-ce le cas?), trois possibilités de rassemblement, trois chances de voir l'intelligence collective l'emporter sur les intérêts de courant et l'hystérie de groupe, trois, ce n'est pas rien! Du coup, l'optimisme me revient!


Bon dimanche optimiste.

1 Comments:

  • Il faut savoir rester optimiste dans l'adversité. ;-)

    By Blogger jpbb, at 12:14 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home