L'Aisne avec DSK

29 juillet 2008

Comment muter?

Bonsoir à toutes et à tous.

Pour bien comprendre ce qui va se passer dans les 4 prochains mois au PS, et dont nous percevons depuis quelques jours les prémices, il faut avoir à l'esprit deux données politiques et quasiment sociologiques auxquelles peu de personnes prêtent attention:

1- En 30 ans, la situation chez les socialistes n'a pas seulement évolué, elle s'est carrément inversée. Je m'explique: dans les années 70, la majorité du Parti était sur la ligne politique qui est aujourd'hui minoritaire. Voilà le renversement! Dans les années 70, la "deuxième gauche", les idées de Rocard, la tendance réformiste étaient dans la minorité, alors qu'elles sont aujourd'hui très largement dominantes. Il faut bien comprendre que notre fameuse aile gauche, chevènementistes, poperénistes et autres, certes constitués en courant marginaux, influençaient très largement François Mitterrand, participaient à sa majorité, rédigeaient une bonne partie de son programme.

Vu d'aujourd'hui, nous avons parfois l'impression que cette gauche du Parti a toujours été minoritaire et contestataire. C'est faux! C'est elle qui inspirait le Parti il y a 30 ans, elle était sa mémoire, sa référence. Tout cela est fini, irréversiblement fini. Qui pourrait croire qu'en novembre Mélenchon, Emmanuelli, Lienemann, Filoche ou Dolez puissent remporter le leadership, entraîner le Parti? Personne. Quant à Royal, Delanoë, Aubry ou Moscovici, personne ne les classe à la gauche du Parti. Ce renversement de majorité est un événement fondamental, dont on ne mesure pas assez la portée, qui passe même parfois inaperçu.

Quelles en sont les conséquences? D'abord une crise d'identité sans précédent de notre "gauche", qui n'a plus le rôle de vigie qu'elle jouait autrefois. 2005 a été pour elle son dernier espoir, avec la divine surprise d'un Fabius fort présentable se portant à sa tête. Mais aujourd'hui, où en est Laurent? Je ne sais pas, et lui peut-être non plus. Toujours est-il que notre aile gauche ne pourra plus escompter sur sa personnalité. 2005 aura été pour elle une "parenthèse", pour reprendre l'expression de Jospin à propos de notre conversion social-démocrate de 1983. Mais cette fois une vraie parenthèse, puisque celle de 1983 ne s'est jamais refermée.

Du coup, la majorité social-démocrate a un devoir à effectuer: moderniser, rénover, démocratiser notre idéologie et nos pratiques, les mettre en conformité avec ce renversement de perspective. Et cela n'a toujours pas été fait! Rocard, premier secrétaire au début des années 90, a commencé, Jospin au pouvoir a fait une moitié du chemin, le congrès de Reims doit parfaire notre mutation.

2- Pourquoi mon rappel des années 70? Après tout, de l'eau a coulé sous les ponts depuis. Détrompez-vous, les hommes ne changent pas aussi vite que les situations, les structures sont souvent à la traîne des événements. Prenez l'Aisne, ses responsables fédéraux, ses secrétaires de section, ses élus socialistes, ses chefs de courants, faites un rapide calcul des moyennes d'âge, et vous aurez vite compris: les cadres du PS sont pour l'essentiel issus des années 70, en ont intégré la culture, les représentations, les réflexes. Tout cela ne s'efface pas, n'évolue pas aussi facilement. A Saint-Quentin, nous avons même connu il y a quelques mois un spectaculaire revival, un bad trip des années 70. Tout le problème actuel du PS est là: comment faire une organisation social-démocrate avec des camarades qui se sentent éloignés, étrangers à cette tradition?


Bonne soirée.

1 Comments:

  • Pour changer le PS, il faut accueillir un sang frais basé sur de nouvelles pratiques. C'est par le blog, et les liens tissés à partir d'Internet que s'organise une nouvelle génération de militants décomplexés, capables de travailler en réseau et d'échanger des idées. Sur des idéaux inchangés, mais réaffirmés, de nouvelles solutions se dégagent, adaptées aux circonstances du moment. La vie est changement.

    By Blogger jpbb, at 9:18 AM  

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