L'Aisne avec DSK

29 juillet 2008

Mosco et les autres.

Retour au courrier de Moscovici, comme promis. Après Aubry, il annonce l'élargissement de son cercle à d'autres cercles, et cite un nom, un seul, sans prétendre que cette référence soit exclusive. Mais elle est là, et je m'en réjouis. Ce nom, ce camarade, c'est Bertrand Delanoë. Beaucoup de choses nous séparent encore de lui. Même si son idéologie est modernisatrice (sa revendication "libérale"), je ne suis pas certain que sa pratique politique soit rénovatrice. Il est réticent à l'idée d'un parti de toute la gauche, il ne dit rien du système des primaires, auquel les strauss-kahniens tiennent.

Pourquoi alors aller vers lui? Pour discuter, parce qu'il est prêt à discuter. Et puis, comment oublier que des strauss-kahniens, et non des moindres, l'ont depuis quelques semaines rallié. La famille est dispersée, elle doit se reconstituer. C'est du moins un élément parmi d'autres. Mais me direz-vous, pourquoi pas Ségolène? Je vous répondrais, là encore, pourquoi pas, et pourquoi pas d'autres. Si ce n'est qu'en politique, je l'ai bien vu à Saint-Quentin pour les municipales, il ne suffit pas de proclamer: discutons, discutons, discutons, quand personne ne s'assied devant vous pour discuter.

Je ne crois pas que Ségolène s'inscrive dans ce que j'ai appelé la combinatoire des cercles. Toute à son aura d'ancienne candidate à la présidentielle, forte d'une popularité certes amoindrie mais qui a résisté à la défaite, pouvant se prévaloir des 17 millions de voix qui se sont portées sur son nom, peu férue de compromis entre sensibilités internes, il me semble que Ségolène va demeurer fidèle à elle-même, à ce qui lui a tant réussi durant l'année 2006, cette démarche quasi gaullienne de leader au dessus du Parti et de ses courants.

Rien pour le moment ne laisse transparaitre de sa part une volonté de s'associer à d'autres camarades, de constituer ensemble une majorité. Si je voulais employer une image constitutionnelle, je dirais que sa démarche est présidentielle tandis que celle de Moscovici est parlementaire. Mais c'est normal, étant donné la situation politique de l'un et de l'autre. L'action politique n'est pas déterminée pas les personnes ou les personnalités, mais par les situations et les circonstances. En politique, je ne suis pas loin de croire que chacun est prisonnier de son destin.

Ségolène reste une candidate potentielle pour 2012. Je ne la vois pas première secrétaire du Parti, elle ne me semble pas faite pour ça. C'est un travail de mécano qui l'attend, resserrer les boulons, remettre le véhicule en bonne marche. Ségolène, son talent, son succès, sa popularité, c'est quand elle a bousculé le Parti (qui le méritait certainement!). Mieux vaudrait qu'elle prenne de la hauteur, de la distance. Les mains dans le cambouis, ce n'est pas la meilleure façon de préparer la prochaine présidentielle. Qu'elle s'inspire de DSK! Entre la direction du FMI et celle du PS, il n'y a pas photo pour qui veut préparer l'avenir.

Et puis, il y a le "phénomène" Ségolène, le fond de son idéologie, dans lequel le social-démocrate que je suis ne s'est jamais complètement reconnu, malgré sa portée modernisatrice. Je n'y reviens pas, reportez-vous aux archives du blog, année 2006. Ségolène, je le répète, c'est avant tout un phénomène, au sens précis du terme (et sans rien de péjoratif): un mouvement inattendu, puissant, novateur et en partie étrange, tellement peu conforme aux traditions socialistes, et qui a pourtant entraîné tout le Parti socialiste. Ce phénomère reste pour moi, par bien des côtés, mystérieux. DSK n'a jamais été un "phénomène"; le courant qu'il incarne, social-démocrate, est connu, repérable, ancien, sans surprise et n'a jamais, hélas, soulevé d'enthousiasme le Parti.

Et Fabius dans tout ça? Mosco n'en parle pas, ne cite pas son nom, alors qu'il fait partie, comme lui, des Reconstructeurs. J'avoue ne pas savoir ce que sera l'avenir de nos relations avec les fabiusiens. Nous en reparlerons certainement à La Rochelle. Mais je crois que les différences entre eux et nous demeurent assez fortes, malgré les efforts de Camba pour arrondir les angles. Ce qui semble certain, c'est que Fabius n'aspire plus à rassembler l'aile gauche, incurablement minoritaire, peut-être même marginale. C'est pourquoi Filoche, qui essaie malgré tout de réunir celle-ci, ne pense plus à lui quand il songe à elle.


Bonne fin d'après-midi.

3 Comments:

  • Effectivement, il y a les incurables, marxisant envers et contre tout, arc-boutés sur leurs fantasmes, et qui n'acceptent pas la mutation du PS vers un réformisme clairement accepté majoritairement à 80%

    Fabius ne tient pas à s'enliser dans cette minorité délétère, il peut encore jouer un rôle majeur en politique, surtout si le PS arrive au pouvoir en 2012. Mais c'est à lui de venir s'agglomérer aux réformistes et à la ligne majoritaire.

    By Blogger jpbb, at 7:47 PM  

  • Ségolène représente une telle modernité dans le parti que ses chances de réussir sont faibles, elle est trop en avance pour les cadres du parti qui s'acharnent à la margenaliser.
    Dsk est l'ami des patrons, dsk ou ump c'est la même chose, on l'a vu en 1998.

    La gauche du PS est minoritaire au national, et pourtant c'est elle qui fiche la merde à St-Quentin, un village gaulois récalcitrant en quelque sorte !

    By Anonymous Anonyme, at 11:05 PM  

  • François,

    Je suis d'accord avec une grande partie de votre billet, à une exception près. Devinez laquelle?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 9:04 AM  

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