L'Aisne avec DSK

26 juillet 2008

Pavlov à St Quentin.

Je ne vais pas chaque jour de cet été vous répéter cette évidence: la politique ne prend pas de vacances. Même au niveau local, c'est évident! En effet, que vois-je dans L'Aisne Nouvelle d'aujourd'hui? Un grand article, une belle photo et un énorme titre, page A.5: "Non, le centre-ville n'est pas mort!" Si ça n'est pas de la politique! L'un des thèmes puissants et récurrents de la vie publique saint-quentinoise, c'est le centre-ville, sa désertification, sa redynamisation, son avenir. Le dernier conseil municipal s'est affronté là-dessus. Voilà donc le sujet revenu, et pas pour la dernière fois...

L'article? C'est en réalité un publireportage, c'est précisé en minuscule en haut, à droite. C'est donc un encart publicitaire, un message qu'on veut faire passer, et le titre le confirme s'il le fallait. La photo? Le sympathique Hervé Halle, président de l'association des commerçants, brandissant la carte de fidélité à puce "Ma Saint-Quentinoise", que l'opposition municipale avait vivement critiqué, le conseiller Antonio Ribeiro la traitant même de "mesurette". Halle n'est pas un politique. C'est pourquoi son intervention est habile, efficace. On ne peut pas l'accuser de parti-pris. Que nous dit-il?

Que Ma Saint Quentinoise n'est pas seulement une carte de stationnement (l'opposition s'était fixée sur ce seul point) mais surtout une carte de crédit: à partir de 150 euros d'achats chez les 70 commerçants partenaires (y compris Auchan!), la carte est créditée de 3% du montant de l'achat (2% chez Auchan, solidaire mais un tout petit peu moins généreux), pour de nouveaux achats, bien sûr chez les commerçants en question. Pour faire marcher le commerce, comment faire autrement qu'inciter à la consommation... mais après avoir déjà consommé?

Puis Hervé Halle en vient à ce qui a fâché l'opposition: la durée de stationnement gratuit qu'autorise la carte magique, 13 mn dans le parking sous-terrain de l'hôtel de ville, 15 mn en surface. Le publireportage évoque explicitement cette critique de l'opposition à travers la question posée à Halle: Que répondez-vous à ceux qui disent: "Ce n'est pas avec 15 minutes de parking gratuit qu'on va redynamiser le centre-ville"? Et voilà la réponse: "Ce n'est pas en se plaignant constamment et en attendant que "tout tombe du ciel" qu'on pourra rivaliser avec les galeries de la périphérie!" A bon entendeur, salut...

15 mn comme l'autorise la carte, 30 mn comme le propose Jean-Pierre Lançon, 60 mn comme le suggère Antonio Ribeiro, la question ne devrait-elle pas plus radicalement porter sur le principe de paiement ou de gratuité du stationnement? Car la différence entre 15 et 30, bien que du simple au double, ne me paraît pas suffisamment significative. En revanche, avec 60 mn, on entre dans des stationnements d'une autre nature. 15 ou 30, nous restons dans les petites courses, la consommation relativement rapide (le temps passe vite!). Une heure, ça devient conséquent. Mais pour celui qui doit payer, 15, 30 ou 60, c'est du pareil au même, il faut débourser. Alors, pourquoi pas la gratuité? La réponse de Hervé Halle me semble définitive:

"S'il (le stationnement) était gratuit, les places seraient occupées en permanence par les riverains, et notamment les commerçants eux-même. Le fait que le stationnement soit payant permet une rotation des véhicules, et donc de la clientèle."

Réponse définitive quoique relative: celui qui a besoin ou envie de stationner longtemps y mettra le prix sans qu'aucune mesure ne le dissuade vraiment, et inversement personne ne songe à stationner pour le plaisir d'occuper la place, même quand elle ne coûte rien. Sans compter le problème délicat de la verbalisation des contrevenants, sans laquelle pourtant le dispositif n'aura aucune efficacité. Voilà pourquoi je doute que la polémique entretenue autour de la carte Ma Saint-Quentinoise soit pertinente. En ce qui concerne le développement du centre-ville, le problème comme les solutions sont ailleurs.

Cette affaire de la carte nous rappelle deux principes politiques: celui du choix et celui de la globalité. Au nom du premier, qui consiste à dire que gouverner c'est choisir, que décide-t-on? Défendre les intérêts de l'automobiliste qui râle contre le stationnement payant (moi le premier!), défendre les intérêts des commerçants et le développement économique du centre (que je veux moi aussi!)? Au nom du second principe, qui fait qu'on ne peut juger une mesure particulière qu'en la replaçant dans un cadre plus global, jusqu'où peut-on aller dans la politique de gratuité du stationnement (la durée, les emplacements)?

Tout ça pour conclure qu'une opposition ne saurait être "pavlovienne", comme on dit ces jours-ci à Paris. Même à Saint-Quentin. Ce n'est pas parce que le maire fait une proposition qu'elle est condamnable. Et prenons garde en quels termes nous la condamnons. D'autant que la proposition ne vient pas de Pierre André mais de l'association des commerçants, ce que le premier magistrat de la commune ne s'est pas privé de faire remarquer lors du conseil municipal. Ceci dit, l'opposition aurait pu répondre qu'une municipalité qui verse une subvention de 100000 euros pour une telle opération s'engage, fait un choix, propre à être débattu et éventuellement contesté.

Ce qui me semble évident à la lecture de ce texte, qui a infiniment plus d'impact auprès de la population que n'importe quel tract politique ou déclaration partisane au sein du conseil municipal, c'est que Hervé Halle veut sortir le débat de la durée gratuite de stationnement pour l'élargir au développement du centre-ville en général, ce en quoi il a raison. Je ne sais pas ce que va faire l'opposition à la rentrée, j'ignore si l'esprit de suite et la constance font partie de ses vertus comme elles font partie des miennes, mais Halle démine le terrain et déplace le problème, en suggérant quelques nouvelles pistes pour la promotion du centre-ville: l'organisation d'évènements spécifiques, des "nocturnes", l'ouverture des magasins entre midi et 14h.

Et puis, comme un publireportage est une opération de publicité, Hervé Halle n'oublie pas de rappeler l'aide de la municipalité: hormis la subvention de 100000 euros, l'installation des terrasses et enseignes, le ramassage des cartons, les illuminations de Noël, tout cela est à Saint-Quentin gratuit pour les commerçants, mais payant dans de nombreuses villes. Comme quoi la gratuité peut avoir quand même du bon...


Bonne fin d'après-midi.