L'Aisne avec DSK

31 juillet 2008

Pour une opposition ciblée.

Bonsoir à toutes et à tous.

L'une des questions qui va occuper l'université de La Rochelle puis le congrès de Reims est la suivante: comment s'opposer à Nicolas Sarkozy? Non pas parce que le président poserait problème de par sa puissance politique, mais par son contraire: c'est parce que la droite traverse des difficultés, parce que son chef est au plus bas dans les sondages, aussi bas que le moral des Français, aussi bas que leur pouvoir d'achat, c'est pour cette raison-là que les socialistes doivent sérieusement se poser la question: comment s'opposer?

Deux thèses s'affrontent dans nos rangs: l'opposition frontale et l'opposition sélective. Je suis favorable, sans hésitation, à la seconde. La première est défendue notamment par Ségolène Royal et... la gauche du Parti. Comme quoi le débat ne traverse pas le clivage traditionnel entre réformistes et radicaux. "Opposition frontale", nous devons cette expression à Laurent Fabius, quand il a pris il y a quelques années un spectaculaire tournant à gauche. La formule s'inspirait de François Mitterrand dans les années 60-70, soutenant la stratégie bloc contre bloc, une opposition intransigeante, ne concédant rien à l'adversaire politique, dans une pure logique de rapports de force, où l'on considère qu'il faut frapper le plus fort possible pour espérer l'emporter, où l'on estime que tout pas en direction de l'adversaire est une faiblesse doublée d'une trahison.

Autres temps, autres moeurs: la droite et la gauche continuent à s'affronter, leurs différences politiques et sociologiques sont flagrantes, la démocratie existe à travers ce clivage, elle s'organise en majorité et opposition, rien de tout cela n'est contestable. Mais le choc des idéologies est moins violent, l'alternance s'est banalisée, aucun parti politique ne souhaite plus renverser le régime ou ne reçoit plus le soutien d'une puissance étrangère, et c'est tant mieux. A partir de ce constat, l'opposition frontale d'autrefois a perdu de sa pertinence. C'est un mot d'ordre à usage interne, pour convaincre certains qu'ils sont toujours bien de gauche.

Bien sûr, la politique de Sarkozy a sa cohérence d'ensemble, sa logique générale. "Tout se tient", dit fièrement le président, en énumérant sa soixantaine de réformes. Mais les socialistes sont-ils obligés de coller à cette vision totalisatrice et la singer à l'envers, en contestant absolument "tout" ce que fait la droite? Sûrement pas! Parce que Sarkozy est en difficulté, n'achevons pas la bête, ayons l'intelligence d'une opposition ciblée, sélective. Certains camarades s'inquiétent: n'allons nous pas nous amollir? Mais non! Un tir ciblé est beaucoup plus meurtrier qu'une rafale aveugle.

Je vais vous donner un exemple concret: le RSA, revenu de solidarité active. C'est une idée de gauche, mise en place par un homme de gauche, Martin Hirsch, expert en la matière de surcroît. Va-t-on contester cette mesure importante parce que c'est un gouvernement de droite qui la propose? Bien sûr que non! Va-t-on priver d'un retour à l'emploi des chômeurs qui actuellement n'y sont pas encouragés parce que perdants financièrement? Ne comptez pas sur moi pour ça. Est-ce aider la droite que de soutenir le RSA? Non, quand on sait que ce dispositif est le plus vivement contesté... dans les rangs de la droite. Les électeurs de gauche remercieront notre sérieux, notre crédibilité le moment venu. Je ne vois pas en quoi nous aurions à y perdre électoralement.

Je ne partage donc pas le point de vue exprimé dans Le Monde de cette semaine par mes camarades ségolénistes, qui considérent que le sarkozysme forme "un bloc", comme Clémenceau le disait de la Révolution française, alors que la Terreur pose tout de même quelques questions. De même que je ne suis pas d'accord avec Ségolène lorsqu'elle signale, dans sa contribution (p.87), que Nicolas Sarkozy porte "une montre de 50000 euros au poignet comme symbole présidentiel" Les bijoux de Nicolas ne m'intéressent ni ne me regardent. C'est une affaire privée, une question de goût ou de mauvais goût personnel, rien d'autre. Etrangement, Ségolène opte pour un "socialisme offensif, radical" (p.88) alors que sa ligne politique est, au sens américain, "démocrate", pour parler comme Mélenchon, une fois n'est pas coutume.

Un dernier mot, pour vous parler cette fois de l'échelon local: à ce niveau encore plus qu'à l'échelle nationale, l'opposition sélective est un devoir. Le gouvernement d'une ville dispose d'une forte dimension gestionnaire, alors que le gouvernement d'un pays est plus directement politique. Pierre André, en tant que maire, n'est pas responsable de la politique de l'emploi, qui se décide au niveau national, mais il est chargé de mettre en place les conditions les plus propices à la création d'emplois et à l'installation de nouvelles entreprises. C'est pourquoi j'avais proposé, à l'approche des élections municipales, une opposition qui fasse la part des choses. Je n'ai pas été suivi, je n'avais donc pas à me présenter quand la ligne que je proposais, pourtant de bon sens, ne faisait pas l'unanimité.

A La Rochelle et à Reims, nous retrouverons le même débat, les mêmes arguments, les mêmes accusations (à Saint-Quentin, certains camarades me font passer pour un suppôt de Pierre André!), mais il faudra, une fois pour toute, trancher.


Bonne soirée.

16 Comments:

  • Rien de nouveau sous le soleil d'accord. Mais essayez de vous renouveler quand même parce que là vous radotez complètement. Vous l'avez déja dit 100 fois et c'est toujours la même chose.

    By Anonymous Anonyme, at 9:17 PM  

  • « Les électeurs de gauche remercieront notre sérieux... »

    Grossière erreur cher Emmanuel il n'existe pas plus d'électeurs de gauche que d'électeurs de droite, il n'y a que des électeurs tout court, et qui se prononcent sur la crédibilité du candidat et de son programme, tout le reste n'est qu'illusion. Les dernières sans doute ? ;-)

    Ségolène est bien sotte de regarder la montre de Nicolas Sarkozy, elle paye l'impôt sur la fortune, alors qu'a t'-elle à stigmatiser la richesse, le seul scandale qui vaille, c'est la misère.

    By Blogger jpbb, at 10:33 PM  

  • A l'anonyme piètre politique:

    Faire de la politique, c'est se répéter. Prenez les grands discours d'aujourd'hui, c'étaient ceux d'il y a 20 ans. Eh oui, la politique prend du temps! Il ne faut pas que ça vous irrite ou que ça vous lasse. Vous devriez plutôt me féliciter pour ma constance. Tant de militants politiques sont des girouettes...

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:41 PM  

  • A EM Pas très fin politique:

    Fort heureusement il y a des hommes politiques qui renouvellent le style et les discours sur le fond cette fois.
    Regardez Barack Obama, son discours est très différent des discours d'il y a 20 ans ou plus, différent par exemple des discours de Martin Luther King ou de Jesse Jackson.
    Mais sans doute ces finesses là vous échappent.

    By Anonymous Anonyme, at 11:12 PM  

  • Je vous remercie de me comparer à Barack Obama, pour dire bien sûr que je suis moins bien que lui.

    Mais le savez-vous? Je n'aspire pas à devenir président des Etats-Unis. Ma seule ambition, c'est de travailler aux conditions qui permettront à la gauche de l'emporter un jour à St Quentin.

    C'est moins bien que la présidence américaine, je sais, mais quand même...

    Comme je veux être aujourd'hui gentil avec vous, je vais faire un effort, je vous le promets, je vais écouter et regarder attentivement Barack et m'inspirer des "finesses", afin que cette fois elles ne m'échappent pas.

    Ca vous va?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:39 AM  

  • Heureusement que Ségolène est là pour dénoncer les injustices de ce gouvernement-fric. On n'entend si peu ses petits camarades qui préfèrent arranger leurs petites affaires en coulisse, n'oubliant d'égratigner celle qui leur fait de l'ombre.
    Ségo paie l'ISF, et alors ! Fabius, Lang, et tant d'autres aussi !
    Faut-il faire acte de pauvreté pour être socialiste ?

    By Anonymous Anonyme, at 9:40 AM  

  • La démocratie existe par le respect du vote des citoyens, qui au final élisent une personne responsable en tant que chef des armées de leur sécurité. Rien à voir avec la gauche et la droite, rien à voir avec une quelconque représentation sociologique ou idéologique. C'est la règle de la majorité, qui est respectée par la minorité, qui attend patiemment son tour pour proposer un meilleur programme et un meilleur candidat et créer ainsi une alternance.

    Le clivage est malheureusement un vieux reste marxiste, qui continue insidieusement à polluer l'esprit à gauche.

    Quand on clive, on oppose, mais du coup on s'attire l'animosité de la part que l'on rejette. Quand il s'agit de dépasser 50 % en terme de vote, on constate immédiatement la stupidité de l'entreprise.

    La nouvelle stratégie inspirée directement de la nouvelle identité du PS est la suivante. On part de nos idéaux de toujours, le bien-être pour tous et l'augmentation du périmètre d'autonomie pour l'humanité, et on le décline dans un programme de gouvernement lié aux circonstances du moment. Ce programme porté par une personnalité crédible, choisie selon son profil pour le poste concerné, est proposé à TOUS les citoyens. Pas qu'à la moitié.

    Ensuite on perd l'habitude de réfléchir en clivant. On essaie d'avoir une vue globale d'un problème, afin de choisir la meilleure solution pour le résoudre. Le clivage, on laisse ça à l'extrême gauche, le résidu de la pensé marxiste du XX siècle.

    Ce n'est pas en raisonnant avec l'outil conceptuel utilisé par les arriérés se situant à gauche à Saint Quentin que l'on arrivera à prendre le pouvoir en 2012 à Paris. Ce n'est pas en critiquant la montre de Sarkozy que Ségolène Royal arrivera au pouvoir. C'est en partant d'un idéal partagé, qui soit le prolongement de celui du Siècle des Lumières, et en le conjuguant au futur que l'on arrivera à amarrer le peuple à notre vision, et à l'y entraîner.

    By Blogger jpbb, at 10:13 AM  

  • François,

    Je ne sais pas quels sont les socialistes qui paient l'ISF, et ça ne me regarde pas, puisque cela relève de la vie privée.

    Mais vous avez raison, pas besoin de faire acte de pauvreté pour être socialiste. Trop de gens confondent socialisme et christianisme. La pauvreté est toujours dégradante, il n'y a aucune fierté à s'en réclamer.

    Ceci dit, et pour que vous restiez cohérent avec vous-même, vous ne pouvez pas non plus vous en prendre à Sarkozy parce qu'il est riche et s'achète de belles montres.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:31 AM  

  • Jpbb je suppose que tu clives quand même(comme tu dis) avec "les arriérés de gauche à St-Quentin"?

    By Anonymous Anonyme, at 1:29 PM  

  • A EM
    Mais ou avez vous vu que je vous comparais à Obama?
    Je répondais à votre remarque sur les grands discours politiques d'il y a 20 ans.
    Je n'ai jamais songé à vous inclure la-dedans.

    By Anonymous Anonyme, at 1:36 PM  

  • Je délaisse les "les arriérés de gauche à St-Quentin", c'est juste neige qui fond au soleil. Ils n'ont aucun avenir politique, leur conscience historique est proche du zéro absolu, et le peuple les délaisse. Il faut juste les laisser vivre leurs fantasmes. Le clivage est un concept sans avenir, c'est tout. C'est le rassemblement autour d'un idéal qui l'emporte. L'extrême gauche sans idéal et avec comme seule méthode le clivage se condamne à l'échec, je n'y suis pour rien.

    By Blogger jpbb, at 2:08 PM  

  • Au dernier anonyme:

    Vous ne m'incluez pas, très bien. J'aime qu'on me laisse tranquille. A commencer par vous.

    Quant à la répétition en politique, je parlais de la France, pas des Etats-Unis, où le renouvellement est très rapide. Pas chez nous, où Mitterrand, Giscard, Chirac sont restés au moins 30 ans sur le devant de la scène.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 3:11 PM  

  • Faisons le compte.
    Si je vous laisse tranquille.
    Si GOC vous quitte.
    Ah ben si il vous restera toujours jpbb et vous pourrez alors chanter:
    "Avoir un bon copain......"

    Alors pour jpbb c'est très simple il n'a que 2 idées que je résume:

    1)Le capital-risque et les entreprises innovantes. A développer sur n'importe quel sujet ça marche.

    2)Le plan pour 2012:
    -un SD a l'international: DSK
    -un SD à la tête du PS: Moscovici
    -un SD comme candidat en 2012 pour battre la droite.

    Avec ces 2 seules idées vous vous faites un copain pour la vie.

    By Anonymous Anonyme, at 11:20 AM  

  • Je n'ai pas besoin de copains et j'ai suffisamment d'idées. Mais merci pour l'attention que vous me portez.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 11:53 AM  

  • Jpbb appréciera!
    N'oubliez pas quand même ces 2 idées formidables lors de votre rencontre à La Rochelle.

    By Anonymous Anonyme, at 12:27 PM  

  • Joignez-vous à nous, La Rochelle est une belle destination. Et puis, on verra quelles seront vos idées...

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 4:54 PM  

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