L'Aisne avec DSK

21 juillet 2008

Un monde sans héros.

J'ai accompli un nouvel acte révolutionnaire (c'est l'été, que voulez-vous!). Après la visite sans achat d'un grand centre commercial il y a quelques jours, j'ai décidé de subvertir le capitalisme en le contournant, en achetant à la Trocante et au Troc de l'Ile, rue de Guise. Les bouquins sont un peu jaunes et un peu anciens, mais ce sont des bouquins. Les cassettes vidéo sont à 1 euro, les dvd à 3 euros. Je suis revenu avec le film de Philip Kaufman, "L'étoffe des héros", d'après le roman de Tom Wolfe.

C'est une oeuvre formidable pour qui aime, comme moi, l'histoire de la conquête spatiale. Sauf que cette histoire, on la fait débuter généralement en 1969, avec l'homme sur la Lune (le 40ème anniversaire l'an prochain!), alors que tout a commencé 20 ans plus tôt, dans une sorte de préhistoire méconnue. Car avant de vaincre la distance de la Terre à la Lune, il a fallu vaincre la vitesse, aller beaucoup plus vite et franchir cette limite qui semblait indépassable, le fameux "mur du son". C'est fait en 1946.

Dans les années 50, c'est la course à l'espace entre Américains et Russes, et la victoire de ces derniers, occultée aujourd'hui par la conquête américaine de la Lune. A l'époque, c'est l'URSS qui domine, les USA sont à la traîne. Le programme Mercury va leur permettre de rattraper leur retard, d'envoyer eux aussi des hommes dans l'espace, mais c'est le programme lunaire Apollo qui les fera entrer dans l'Histoire.

"L'étoffe des héros" nous raconte donc cette période ingrate pour l'Amérique d'avant la Lune, où elle tente bien difficilement de s'inventer des héros modernes. Or ce que j'en retiens, c'est que l'héroïsme est devenu impossible dans les démocraties contemporaines. Les astronautes sont des militaires, des pilotes. Au XXème siècle, les héros se sont réfugiés dans l'aviation, la seule arme où ils peuvent exercer leurs vertus, l'infanterie étant devenue une boucherie et la marine ayant perdu sa place stratégique.

Mais ces pilotes ne seront des héros que dans leur bataille contre le mur du son. Celle-ci remportée, les ingénieurs (allemands!) du programme Mercury transforment ces fiers "chevaliers du ciel" en de vulgaires cobayes hyper-entraînés mais sans panache, sans honneur, sans audace. Le plus humiliant sera d'apprendre que la première créature à visiter l'espace, plus performante que l'homme, était un... singe. Qu'est-ce qui a précipité ainsi la disparition des héros?

D'abord la prédominance de la science: le cosmonaute n'a plus la liberté du héros parce qu'il est entièrement déterminé par la techno-science. Ensuite parce que la mentalité démocratique, égalisant les hommes, supporte mal l'existence de héros, qui renvoie plutôt à l'univers aristocratique et féodal. Nous sommes entrés dans un monde sans héros. La figure du héros s'accomplissait, par le passé, à travers trois personnages qui ont totalement disparu et qui incarnaient les caractéristiques de l'héroïsme:

1- L'aventurier ou l'héroïsme face à l'inconnu. Quand un navigateur allait au bout de l'océan, il ne savait pas vers où il se dirigeait et ce qu'il allait trouver. L'astronaute sait parfaitement où il met les pieds, même quand il les pose sur la Lune.

2- Le guerrier ou l'héroïsme face à la mort. Des astronautes ont certes laissé leur vie dans l'espace, mais sa conquête n'a pas la dimension tragique qu'a pu avoir la conquête des continents et des océans.

3- Le religieux ou l'héroïsme face à la trancendance, l'aventure en quelque sorte intérieure. Les héros d'autrefois faisaient rêver parce que leurs exploits éveillaient un imaginaire puissant, fabuleux, quasiment mythique. L'espace et la Lune ont fasciné sur l'instant, mais n'ont suscité aucune mythologie, aucun enthousiasme, aucun grand rêve dans la population. C'est quoi un astronaute? Un scaphandrier tout blanc et un peu balourd qui ramène des cailloux de la Lune!

Politiquement, un monde sans héros est un monde qui pose problème. A qui s'identifie la population, que prend-t-elle pour modèle? Edgar Morin, dans les années 60, nous expliquait que mêmes les stars avaient disparu. Il ne reste plus des vedettes. De Gaulle était notre dernier héros politique, Sarkozy est une vedette (à tous les sens du terme!). Quelle est aujourd'hui la vedette par excellence?

Le sportif, singulièrement le joueur de football. Les héros parodiques, l'héroïsme de pacotille, ce fut il y a 10 ans la coupe du monde de football remportée par la France, la dérisoire et burlesque remontée des Champs-Elysées sous les acclamations d'une foule jamais aussi nombreuse depuis la Libération. L'homme qui tape dans une balle a remplacé l'homme qui foule le sol de la Lune, mais pas plus que lui, encore moins que lui son geste n'est héroïque: sur le stade, nulle confrontation avec l'inconnu, nul défi à la mort, nulle approche de la trancendance, rien, simplement un gars qui tape dans une balle.


Bon après-midi.

2 Comments:

  • Et jack alors ?
    n'est il pas un héros
    c'est quand meme grace à sa voix que tout s'est joué.

    Quelle tartufferie comme si tout ne s'était pas joué avant,
    les socialistes étaient pour mais n'ont pas eu le courage de l'assumer, ni de faire échouer cette bonne réforme.

    Comme s'il y avait pu avoir le moindre doute sur le vote positif du congres
    Enfin, encore une bonne chose de faites, ça devrait laisser le temps à XB et FG d'etre à l'heure pour Intervilles.

    By Blogger grandourscharmant, at 7:08 PM  

  • Intervilles? Mais les voilà, nos héros, XB en tête!

    Sur Jack, réponse dans mon procgain billet.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 10:40 AM  

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