L'Aisne avec DSK

16 septembre 2008

Tournant au PS.

Bonjour à toutes et à tous.

Nous avons probablement vécu hier soir un tournant dans la préparation du congrès de Reims. Un seul mot aura suffit, mais c'est souvent ainsi en politique: Ségolène Royal ne fait plus de sa candidature au poste de premier secrétaire un "préalable". Ce qui signifie que le nom du postulant se discute. C'est la sagesse. Il ne faut jamais focaliser sur les personnes. C'est ce que j'avais expliqué à Saint-Quentin pour les municipales: me proposer oui, m'imposer non. Quand un courant, et un seul, a focalisé sur un nom et a voulu l'imposer, malgré les réticences majoritaires de la section, c'était fichu. Résultat: on se retrouve avec une défaite et un chef de file au conseil municipal qui a et qui aura toutes les difficultés du monde à se faire respecter.

Jamais, jamais de "préalable" sur les noms. Les convictions, c'est autre chose: quand on en a, on ne les lâche pas. Souvent, ceux qui sont intransigeants sur les noms sont beaucoup plus coulants sur les convictions. C'est aussi une raison pour laquelle je condamne leur démarche, exactement inverse à la mienne. Revenons au niveau national: Royal a prononcé les mots, "pas de préalable", que Moscovici avait déjà prononcés à La Rochelle, lors de l'assemblée générale de notre courant. Ségolène a compris: les sondages lui sont moins favorables, l'issue du congrès est incertaine pour tous et périlleuse pour elle, qu'irait-elle à se risquer dans cette galère quand on vise la magistrature suprême, qui est tout de même autre chose que le poste de premier secrétaire?

Il y a, comme toujours en politique, la scène publique et les coulisses. Une rencontre marseillaise (qui n'est pas, j'espère, une galéjade!) aurait scellé un accord entre Peillon, Valls, Collomb et Guérini, autant dire l'alliance des ségolénistes et de la Ligne claire. Ce serait un petit événement, à double titre: Royal accepterait de composer avec d'autres sensibilités, délaissant ainsi sa solitude "présidentielle"; la Ligne claire, qui s'était rapprochée des strauss-kahniens et de Martine Aubry, évoluerait vers Ségolène, sachant que celle-ci renonce à revendiquer la tête du Parti.

Et Moscovici dans tout ça? Il reste sur sa ligne: union de tous les réformistes, sans exclusive. Mais si Ségolène refuse la présidentialisation du congrès, c'est un grand pas que les strauss-kahniens peuvent faire vers elle. Sauf ceux qui garderont en main la carte Aubry, tel Cambadélis. En tout cas, sur le fond, hormis le refus de la présidentialisation, je vois trois thèmes qui rapprochent les strauss-kahniens des ségolénistes et les éloignent au contraire de Bertrand Delanoë: la rénovation du Parti, l'organisation des primaires, l'alliance au centre.

Si le rapprochement précédent se confirme, si Ségolène opère ce revirement stratégique, le secrétariat du Parti se jouera entre trois noms: Moscovici, Valls, Peillon. Vous connaissez ma préférence. Ce qu'il me semble, dans le tournant auquel nous assistons, c'est que la présidentialisation du Parti avec sa guerre des postulants à l'Elysée est de plus en plus perçue comme un grave danger. Malek Boutih, lui aussi, a tiré le signal d'alarme. Arnaud Montebourg continue à s'accrocher à une entente Mosco-Aubry, dans une lettre où il les invite à s'appeler pour déjeuner ou dîner! N'a-t-il pas eu suffisamment une mauvaise expérience d'un fameux déjeuner à La Rochelle? A Paris, à La Rochelle ou à Saint-Quentin, je me méfie des camarades qui ont besoin d'une table garnie ou de chopes de bière pour faire de la politique.


Bonne matinée.

19 Comments:

  • Le bon sens semble finir par l'emporter. Avec une nouvelle identité réformiste, la logique voudrait que ce soit un réformiste compétent qui continue à parfaire l'évolution du PS vers le troisième millénaire, en abandonnant le naufrage marxiste qui a plombé la gauche et son image pendant près d'un siècle. Si le temps n'existe pas, les durées elles existent. Cela nous impose de rejeter définitivement la gauche de la gauche et ses égarés. Nous devons donc comme tu l'indiques avoir un programme réformiste partant du réel, éradiquant misère et pauvreté, et établissant la fraternité au sein de la République française.

    De ce fait entre Moscovici, Valls, Peillon, il n'y a pas photo. Moscovici en tant qu'ancien ministre des Affaires étrangères a tout le doigté nécessaire pour rassembler les socialistes de bonne volonté dans une majorité résolument réformiste. Étant député, il peut conduire l'opposition au Parlement. C'est également le meilleur des réformistes, puisqu’en lien direct avec SD, étant le premier signataire de la contribution « Besoin de gauche ».

    By Blogger jpbb, at 12:15 PM  

  • emmanuel,

    je suis fondamentalement d'accord avec votre analyse. je pense que le ps avait besoin d'être presidentialisé il y a un an, je pense en cette rentrée, après avoir fait beaucoup de réunions, qu'imposer un nom n'est pas une bonne idée.

    si la voix de l'union s'impose, je pense néanmoins, comme vous, qu'une ligne de définition doit se faire sur l'élargissement des alliances, les primaires, mais aussi la mise en avant d'une nouvelle génération, que ce soit peillon, valls, belkacem, mais aussi montebourg si si il se décide à tenir une position plus de 6 mois.

    j'espère aussi que l'on pourra, au delà de ces questions d'organisation, prendre comme base de travail les propositions fiscales, democratiques, etc, qui sont contenues dans la contribution de ségolène royal, et dont a jusqu'ici peu tenu compte, au vu de la personnalisation du débat.

    By Anonymous Anonyme, at 1:28 PM  

  • Bien d'accord moi aussi avec vous, notamment votre dernier paragraphe. Mais mon inquiétude demeure cependant: le PS traverse une passe difficile, espérons qu'il s'en sorte indemme et qu'après Reims tout aille mieux pour nous tous.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 2:37 PM  

  • là dessus, l'esprit guerrier et sectaire de certains militants est autant coupable que le comportement des leaders...

    ségolène royal a montré qu'elle était capable d'écouter et de s'adapter pour faire prévaloir l'intéret général... j'espère que certains militants, surtout dans le courant dsk, sauront faire de même.

    By Anonymous Anonyme, at 2:59 PM  

  • Tu t'en doutes, je vois ce rapprochement Royal-Mosco d'un très mauvais oeil.

    Les questions de personne ne comptent peut être pas mais les personnalités oui! J'ai un soucis avec Royal, je peux pas signer sous la même motion qu'elle. Je rejette totalement sa façon de faire de la politique : Effet sondage, peopolisation, etc...

    Je pourrais accepter de signer sous presque chacun des 4 prétendant sérieux (Delanoe, Aubry, Mosco et Hamon) autre que elle. Chacun a ses forces et ses faiblesses. Y a à redire sur chacun mais j'ai l'impression de partager beaucoup de valeur avec eux. Avec elle rien. Ces incantations, son fond me révoltent. Je n'espère qu'un chose de ce congrès, c'est tourner la page royal. Si DSK la remet en selle, j'en serais peiner!

    Tu ne peux pas dire que Mosco et Royal partagent presque tout. Les idées sur ce congrès sont secondaires puisque le parti ne pense plus rien sur bien des sujets. La nouvelle équipe devra justement réinventer notre programme. Par contre, la façon de faire de la politique est au centre du débat. Et là, je me démarque de royal.

    By Anonymous Anonyme, at 5:59 PM  

  • Et puis soyons clair justement. Toi qui rejette les magouilles de courant et d'appareil, comment peux tu te réjouire d'une alliance avec Guerini qui en est le champion? Il ne faudrait pas regarder ce qui se passe dans sa fédé, on serait surpris!

    Plus sérieusement, à titre personnel, je ne suis pas du tout favorable à une alliance avec le centre. Pour 2 raisons :

    - un, elle offrirait un boulevard à la gauche du PS.

    - Deux, dans une alliance, le plus gros domine le plus faible. Et pour l'instant, Bayrou domine l'aile droite du PS. Médiatiquement parlant, politiquement parlant, en terme d'expérience, etc...Bayrou veut être président. S'il cherche une alliance avec nous, ce n'est que pour en être le porte drapeau, je ne l'imagine pas autrement, non?

    Ma position est claire : Je ne soutiendrais pas une motion où figure Ségolène Royal car ce n'est pas ma façon de faire de la politique ni de voir la société.

    Je ne vois donc que 3 secrétaires possibles (Aubry, Mosco, Delanoë). Delanoê poursuit un destin.Si le match se joue entre lui et Ségolène, je roule pour lui. Aubry et Mosco sont sur une autre ligne de rassemblement du parti. Seules les limites de ce rassemblement les différencient. Entre eux 2, ma préférence va à Aubry pour ce qu'elle représente pour moi mais je ne rejette pas du tout Mosco.

    By Anonymous Anonyme, at 6:14 PM  

  • Bonsoir Sylvain.

    Ton rejet de Ségolène me semble plus lié à sa personne qu'à sa politique. Ce que je retiens d'elle, c'est qu'elle incarne une aspiration à la rénovation.

    Si rapprochement Mosco-Royal il y a, c'est seulement parce que Ségolène renonce à sa candidature et à la présidentialisation. C'est aussi dans une perspective de rapprochement des réformistes, qui n'exclut personne.

    Bayrou, je crois qu'il sera très dangereux pour nous si on le laisse aller son bonhomme de chemin. Nous devons le pousser à choisir: soit avec nous contre Sarko, soit ni droite ni gauche mais tout seul.

    Bonne nuit (j'ai rencontré ce soir à Belleu notre camarade Costa).

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:05 AM  

  • Tout à fait, je rejette sa personne.

    Ses interventions à la télé me fond transpirer, ses déclarations me choquent et je ne parle pas de ses incantations quasi bibliques.

    En fait, je ne sais pas dans quel monde je vis, mais autour de moi tout le monde se moque d'elle (amis, famille,etc...). Pourtant mon entourage est ultramajoritairement de gauche et socialiste en particulier. Je ne comprend pas, et je n'ai jamais compris, sa soi-disante popularité!

    Je le repète, je ne rejette pas ses idées (d'ailleurs quelles sont elles?) mais sa façon de faire de la politique qui est assez proche de celle de notre président de la République, donc oui, je rejette sa personne! Mais j'ai pas honte de le dire.

    En politique les idées sont primordiales effectivement mais le nom de la personne pour les porter est loin d'être secondaire. Pendant la campagne, j'ai souvent eu du mal à la suivre et je dois à la fidélité au parti d'avoir voter pour elle. LA tentation fut grande d'aller ailleurs. D'ailleurs, c'est surement parce que j'ai pas trouvé d'ailleurs séduisant que je me suis résigné à cette fidélité.

    J'ajoute que je ne crois pas une seconde qu'elle refuse la présidentialisation. Elle a vu qu'elle ne pouvait pas gagner seule et sur son nom donc a cherché une alliance en s'effaçant. Mais si elle gagne avec un rassemblement Mosco-Roayl-Vie claire, Mosco sera premier secrétaire certe mais médiatiquement ce sera elle la gagnante et la leader pour les 3 prochaines années. Et ça, je ne peux m'y résoudre!

    Ce n'est pas une histoire de ligne politique mais une histoire de personne.

    By Anonymous Anonyme, at 8:00 AM  

  • Une dernière chose moins polémique. Il me semblait que Mosco et la vie claire avaient fusionné en vue de la motion. Je croyais avoir compris cela.

    Et là, la vie claire annonce un accord avec Royal, sans que Mosco y soit associé pour l'instant.

    Dit moi ce qu'il en est, j'ai l'impression d'avoir raté un passage.

    By Anonymous Anonyme, at 8:04 AM  

  • Ou sortie de route, tout au moins pour Royal qui est en train de se faire rattraper par le réel.

    Sinon Delanoe et Hollande font alliance ?

    Malin ce Hollande apres avoir grillé Royal aux présidentielles, il va se débarasser de Bertrand en le soutenant pour le poste de 1er secretaire et ainsi s'offrir une voix royale pour etre candidat en 2012 ou tout au moins crée les conditions pour que ce soit possible.

    By Blogger grandourscharmant, at 8:42 AM  

  • A Sylvain, en réponse à son dernier commentaire:

    Même les militants finissent pas ne plus rien y comprendre! Il faut distinguer trois choses:

    1- La "fusion" Mosco-Montebourg, qui ont signé ensemble la contribution. Ca, c'est le noyau dur.

    2- Cet été, la contribution s'est élargie à deux autres, Aubry et Lebranchu, avec signature d'un texte commun.

    3- La Ligne claire, c'est un simple rapprochement, surtout voulu par Mosco (Camba étant un peu plus réservé), sans texte commun. Donc ça va moins loin qu'avec Aubry et Lebranchu.

    J'explique par une image:

    1- Avec Montebourg, on (les strauss-kahniens) est marié.

    2- Avec Aubry-Lebranchu, on est fiancé.

    3- Avec la Ligne claire, c'est un flirt poussé.

    Et je continue la métaphore:

    Avec les fabiusiens, c'est plutôt: "je t'aime, moi non plus."

    Avec Royal: "Tu veux ou tu veux pas? Si tu veux pas, tant pis, j'en f'rais pas une maladie" (chanson ancestrale de Zanini).

    Avec tous nos camarades: "Qui m'aime me suive."

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 9:32 AM  

  • Et c'est là que tu te retournes et derrière toi....y a personne.

    By Anonymous Anonyme, at 10:45 AM  

  • Il ne me semble pas que derrière Moscovici, il n'y ait personne.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 1:52 PM  

  • Non mais derrière toi si!

    By Anonymous Anonyme, at 1:55 PM  

  • Comme je suis avec Moscovici, il y a forcément du monde derrière moi. Mais ce n'est pas tant ma personne qui compte (je ne prétends pas devenir premier secrétaire du PS) que celle de Moscovici.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 2:36 PM  

  • Tu sais bien que tu es inclassable!

    By Anonymous Anonyme, at 7:01 PM  

  • Non, les "inclassables", ce sont ceux qui ne prennent pas partie, parce qu'ils attendent que le plus fort l'emporte pour le soutenir. Moi, je suis "classé" social-démocrate, strauss-kahnien, depuis des années.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 7:58 PM  

  • à Sylvain :

    1) Par ton rejet viscéral de Royal et ta proximité avec S&D, tu te retrouves "obligé" de suivre Cambadélis, qui est exactement sur la même ligne que toi. En contrepartie, attends-toi à des compromissions avec les fabiusiens (le tout-sauf-Ségo, ça a quelques inconvénients).

    2) Sur le modèle de ta description de Royal, on pourrait faire des caricatures de n'importe quel politicien ; par exemple, DSK et son dilétantisme arrogant... ou encore Sarkozy en Louis de Funès dans "la folie des grandeurs"...

    4) Pourquoi elle est si populaire ? Parce que, comme tous, elle a les qualités de ses défauts : "démago" donc proche du peuple, "people" donc audible, improvisatrice donc réactive, etc...
    Et surtout, sans même faire parti de l'appareil du PS, elle a plus fait bouger le parti en 2 ans (2006-2008), que tous les jospinistes entre 1995 et 2006.
    Et puis reconnais une chose : avant qu'elle ne soit considérée comme une blairiste sociale-démocrate (en 2006), ton courant était inaudible...

    By Anonymous Anonyme, at 10:47 PM  

  • A Thierry:

    Je ne crois pas que Sylvain soit SD, mais surtout... anti-Royal. D'accord avec toi sur la capacité de Ségolène à faire bouger le PS. Mais son message a parfois été repris par les conservateurs du Parti.
    Si Mosco va vers Ségolène, on va se retrouver... bras dessus bras dessous?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:05 PM  

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