L'Aisne avec DSK

10 janvier 2009

Show et froid.

Bonjour à toutes et à tous.

Je suis allé hier, comme chaque année, aux voeux du sénateur-maire de Saint-Quentin Pierre André. Pas vraiment pour les voeux de Pierre André. Je sais ce qu'il va dire. Mais pour le nombre incroyable de personnes qu'on voit ou revoit à cette occasion. A ne pas manquer. Et puis, c'est une cérémonie qui s'inscrit dans la tradition républicaine, et j'ai toujours pensé, même si je sais que tous mes camarades ne sont pas nécessairement d'accord avec moi, que la gauche se doit d'être présente.

Bien sûr, le spectacle n'est pas toujours agréable pour un militant de gauche. C'est même, malgré les petits fours et le champagne, une forme d'épreuve. Pierre André, à la différence d'autres maires qui sont seuls sur scène pour présenter leurs voeux, choisit de s'entourer de son équipe municipale, élargie à des personnalités du Saint-Quentinois (le sous-préfet, le maire de Gauchy, l'ancien conseiller général Monfourny, le directeur des services de la Ville, ...). L'effet de masse est impressionnant. Tous derrière Pierre André, c'est le message qui ressort. Du beau travail de communication.

Et la gauche dans tout ça? J'ai aperçu les cheveux frisés de Nora (Les Verts) et Antonio Ribeiro (ex MRC), qui porte son écharpe autour du cou comme le pendu sa corde. Il est à côté d'un autre réprouvé, de droite celui-là, Vincent Savelli. Freddy (ex MRC) est au premier rang, encore plus grand que d'habitude (à moins que ce soit moi, perdu dans la foule, qui rapetisse). Bernard Lebrun et Karim Saïdi sont très à l'aise, discutent, serrent des mains. Ça fait mal. La psychanalyse nous explique qu'un traumatisme n'est jamais ressenti sur l'instant, mais longtemps après. La défaite de la gauche, c'est là, dans cette cérémonie, qu'elle m'affecte peut-être le plus. Je crois que l'enfer en politique, c'est voir ce qui est et comparer avec ce qui pouvait être.

Sinon, qu'a dit Pierre André? Avec lui, je m'attends toujours à une tonalité très politique et un peu de provocation. Il n'a pas manqué à la règle. Le discours en lui même était plutôt conventionnel. J'ai surtout retenu le soutien appuyé à Xavier Bertrand, dont il a salué la politique de réformes et sa désignation à la tête du "plus grand parti de France". Le maire a confirmé que son successeur, ce serait bien lui, Bertrand. Son troisième et dernier mandat sera aussi celui de la préparation du passage de témoin, opération si difficile en politique.

Pierre André est entré dans l'histoire de Saint-Quentin, avec ses victoires successives très largement remportées sur la gauche. Il sait qu'il gardera dans la population l'image d'un modernisateur. Que lui reste-t-il à accomplir et à réussir? Sa succession. Elle se présente plutôt sous de bons auspices. Mais la politique est pleine d'incertitudes et de surprises: l'image de Xavier Bertrand peut se ternir, la gauche locale peut se réveiller... André entretient sans doute aussi en lui un espoir secret: voir son élève, son poulain devenir président de la République. Après avoir donné un maire à la ville et un président à la France, on peut mourir tranquille en se disant qu'on a réussi pleinement sa vie politique, je suppose.

Après son discours, Pierre André n'a pas pu s'empêcher de faire ce qu'il sait faire le mieux: du Pierre André, ce mélange de provocation et de franc-parler, chez celui qui sait pertinemment qu'il n'a plus rien à perdre ni à gagner, ni surtout plus rien à attendre de personne. Alors il y va, il fait son show, son sketch, car il sait qu'il aura la foule et les rieurs de son côté. Les victimes du jour? D'abord ceux qui se plaignent de la neige dans les rues et les trottoirs de la ville: qu'ils balaient devant leur porte (au propre et au figuré!). Ensuite ceux que choquent les cérémonies au champagne en pleine crise financière: une bouteille ouverte profite plus à l'économie française que l'achat d'un écran plasma. C'est de l'André, brut de décoffrage! Sur la neige, il a raison (voir mon billet d'hier soir). Sa deuxième remarque, c'est un peu limite.

A chaque plaisanterie du maire, le ministre prend bien soin de rire, et pour que son rire se remarque (de loin, on voit mal), il feint d'essuyer des larmes de bonheur. C'est très bien fait, très bien joué, on y croirait presque. Lors des dernières législatives, la presse locale avait surpris Xavier Bertrand mimant à plusieurs reprises l'étonnement à l'annonce de son score, pour montrer qu'il se surprenait lui même devant sa propre performance. Sa spontanéité était magnifiquement travaillé. C'est malin, il fallait y penser, il fallait surtout oser le faire. Mais à son niveau, on ose tout. C'est d'ailleurs ainsi qu'on arrive à son niveau.

Une dernière chose: comme l'an dernier, on m'a beaucoup parlé de mon blog. Et c'est l'an dernier, lors de cette même cérémonie, que j'ai pris conscience pour la première fois de son impact. Mais j'en suis cette fois un peu chagriné. D'abord parce que l'an dernier, à la même époque, je ne désespérais pas devenir le leader de l'opposition. Mais surtout je ne voudrais pas qu'on retienne de moi l'image du gars qui passe son temps à taper sur un clavier, parce que ça n'est pas la réalité. Je vous préviens: si ça continue, j'arrête tout!


Bonne journée.

25 Comments:

  • visiblement vous n'aurez pas vu ce qu'il y avait à voir.

    C'est certainement ce qui fait la différence entre vous et les autres.

    By Blogger grandourscharmant, at 7:19 PM  

  • Il y a tant à voir. Chacun a son regard. N'est-ce pas mieux comme ça? Et si vous exposiez le vôtre, ne serait-ce pas mieux que de me reprocher le mien?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 7:28 PM  

  • ne faites vous pas la différence entre un constat et un reproche ?

    Pourquoi avez vous toujours l'impression qu'on vous reproche quelque chose,
    qu'avez vous donc bien pu faire pour penser qu'on vous le reproche ?
    De quoi vous sentez vous coupable ?

    By Blogger grandourscharmant, at 8:11 PM  

  • Je ne me sens coupable de rien. Assumez le fait que vous me reprochez ma vision de la cérémonie des voeux de Pierre André.

    Votre reproche, vous l'appelez constat. C'est un peu facile. Disons alors que nous faisons chacun des constats différents.

    Ceci dit, je ne sais toujours pas comment vous avez perçu la cérémonie d'hier soir. Ce serait peut-être plus simple si vous le disiez.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:45 PM  

  • Les choses vont semble-t-il se passer exactement comme je l'avais prévu, pour les raisons que j'avais prévu.

    La seule erreur que j'aurais peut etre faite aura été sur le calendrier,
    encore que

    By Blogger grandourscharmant, at 11:09 AM  

  • Seriez-vous malade? Une gastro peut-être altère votre esprit? Depuis quelques temps, je ne comprend rien à ce que vous écrivez. Je n'ai même plus le plaisir de contester...

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:02 PM  

  • Je sais bien que vous prenez votre plaisir dans la contestation et pas dans la construction et le développement.

    Cela vous semble obscur car vous n'avez pas les connaissances indispensables pour pouvoir comprendre.

    Vous n'avez pas l'oeil vif et comme l'oeil est le reflet de l'esprit.

    Si je vous explique que je sais ce que vous ne savez pas,
    vous ne me prendrez pas au sérieux
    alors que là, quand je vous dirais,
    je vous avez dit que je le savez mais comme vous ne m'auriez pas pris au sérieux,
    c'est pour ça que je ne vous ai rien dit.
    Vous pourrez contester en me disant que j'aurais du vous le dire.

    By Blogger grandourscharmant, at 1:16 PM  

  • Je conteste seulement ce qui est contestable. Pour le reste, je n'ai pas l'esprit contestataire. Je suis dans la construction, le projet. C'est mon quotidien. Ce blog même est l'exemple d'une construction, parmi d'autres.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 1:32 PM  

  • Seriez vous venu me saluer vendredi, nous en aurions discuté de vive voix.

    By Blogger grandourscharmant, at 1:58 PM  

  • J'ai croisé quelques renards, des serpents mais aucun ours dans la salle de Fervaques vendredi.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 3:12 PM  

  • Pourtant je vous assure que j'y étais

    By Blogger grandourscharmant, at 6:28 PM  

  • Je n'en doute pas. Mais la foule était si nombreuse que même un ours passait inaperçu.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 6:41 PM  

  • pas pour tout le monde, visiblement

    By Blogger grandourscharmant, at 5:10 AM  

  • A moins que sous votre pseudonyme se cache... Xavier Bertrand. C'est une explication: apparence charmante, mais féroce comme un ours. Vous êtes démasqué, Monsieur le Ministre!

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 1:00 PM  

  • défiitivement vous n'etes pas sérieux
    à écrire des choses pareils certains pourraient le croire.

    En tout cas, merci pour cette bonne tranche de rigolade,
    j'ai vraiment trouvé ça tres drole.

    En tout cas, c'est bien
    maintenant qu'il est chef du 1er parti de france,
    vous vous mettez à lui reconnaitre des qualités et des mérites.

    By Blogger grandourscharmant, at 2:00 PM  

  • Monsieur le Ministre (puisque telle est votre véritable identité), je n'ai pas attendu votre nomination à la tête de l'UMP pour reconnaître vos "qualités et mérites". Si je vous conteste, c'est pour autre chose, c'est pour votre ligne politique.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 6:20 PM  

  • Sincérement vous me génez,
    ce qui m'inquiete terriblement
    car quand vous vous mettez une idée en tete.

    Vous savez les plaisanteries les plus courtes sont les meilleurs,
    je ne peux pas vous empecher de vous ridiculiser un peu plus,
    mais quand meme faites un effort.

    Comment peut-on penser et croire à ce genre de betises ?

    Vous auriez du la garder pour le 1er avril cette plaisanterie

    Je vous ai connu plus prompt et plus réservé vis à vis de la rumeur.

    Mais apres tout pourquoi pas,
    si vous avancez de telles inepties,
    c'est que sans nul doute,
    vous etes capable de prouver vous dire.

    By Blogger grandourscharmant, at 8:17 PM  

  • car sinon moi je peux sans problemes prouver que je ne suis pas XB

    By Blogger grandourscharmant, at 8:21 PM  

  • Monsieur le Ministre,

    Je vous prends au mot. Prouvez-moi que vous n'êtes pas celui que vous êtes. Et n'avancez pas l'argument de la plaisanterie. Comme l'argument de la neige, il fond très vite.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 8:58 PM  

  • c'est trop d'honneur de me prendre pour lui,
    je vais vous prendre au mot
    et aller lui demander un poste puisqu'on nous confond.

    une place d'éligible pour les européennes avec les élections qui s'annoncent,
    ça ne me déplairait pas.

    maintenant comme la confusion c'est vous qui la faites,
    sera-ce suffisant...

    vous voyez bien que je ne suis pas lui, je me contenterais d'un poste de député européen
    alors que lui est ministre et chef de parti.

    j'attends toujours votre démonstration que ce serait lui
    bon courage,
    à l'impossible nul n'est tenu.

    By Blogger grandourscharmant, at 10:25 PM  

  • J'aimerais vous dire bonne nuit, Monsieur le Ministre, mais je sais que pour vous, la journée ne fait que commencer.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:06 AM  

  • Seriez vous devenu pathologiquement délirant ?

    Nous feriez vous un burn out.

    By Blogger grandourscharmant, at 10:05 AM  

  • Non, j'ai toute ma tête, qui est, je vous le rappelle, mon outil de travail, sans lequel je ne suis plus rien. J'ai fait simplement une hypothèse, elle me semblait vraisemblable, vous niez farouchement, j'abandonne donc, n'en parlons plus. Vous faire passer pour Xavier Bertrand aurait pourtant dû être à vos yeux un honneur, non?

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 12:47 PM  

  • Un honneur ?

    etre pris pour le chef alors qu'on n'est pas le chef,
    c'est un coup à avoir des ennuis ça.

    Plus sérieusement,
    l'hypothese aurait été crédible
    pourquoi pas
    mais comme elle ne résiste pas à la réfléxion.
    Personne de sérieux n'aurait pu émettre une telle hypothese.
    Assez amusante au demeurant,
    mais qui ne pouvait etre que la marque de votre originalité.

    Comme quoi, un minimum de conventionnalité évite certaines dérives et certains exces.

    Apres le 1er éclat de rire, voir cette hypothese m'a fait penser à l'abbé Vilecourt dans Ridicule
    au moment de sa disgrace.
    Il est un temps pour se taire et un temps pour parler,
    dire ce qu'on pense,
    c'est plutot bien,
    mais pas forcément tout ce qu'on pense, surtout si on pense mal.

    By Blogger grandourscharmant, at 5:30 PM  

  • Pas d'accord: en politique, il est bon de dire tout ce qu'on pense, y compris si on pense mal (les autres peuvent ainsi vous corriger). Les doubles, triples et quadruples langages ne sont pas à mon goût. Il est plus simple de tout dire. Et quand on cache, ça se voit. Quant à ceux qui ne disent rien, ils sont pires que tout, car ils n'en pensent pas moins. D'ailleurs, votre maître Sarkozy n'est pas loin de penser comme moi, ou moi comme lui, sur ce point du moins.

    By Blogger Emmanuel Mousset, at 7:18 PM  

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