L'Aisne avec DSK

13 janvier 2010

La barbarie du froid.

Bonsoir à toutes et à tous.


Je termine de plus en plus souvent ma journée devant Taddeï. C'est l'heure où réunions de toute sorte sont terminées. Avant d'aller de se coucher, une petite dose d'intelligence n'est pas mal venue. Hier soir, le ton était enjoué quand il a fallu parler de ce qui tourneboule la France depuis quelques jours : le froid "glacial". Brrrrr. Et tout est bloqué ! Taddeï a raison d'en rire mais nos concitoyens ne plaisantent pas avec ça : ils s'en inquiètent, trouvent la situation anormale, se plaignent et recherchent des responsables.

L'émission a commencé par donner la parole à un "glaciologue" (si, ça existe, et je ne le savais même pas !) qui n'avait rien à dire, sinon qu'il est absolument normal qu'il fasse froid en hiver, que les variations brutales de température ont toujours existé. Des images télévisées d'il y a plusieurs décennies venaient le confirmer. Pourquoi alors les Français ont-ils le sentiment de vivre une période tristement exceptionnelle ?

Sur la désorganisation de la société, un invité a une petite idée pas bête du tout : la France n'est pas un pays de neige et de montagne, elle n'investit donc pas dans du matériel coûteux qui servira très peu. Et puis, même bien équipé, il faudra toujours du temps pour dégeler par exemple les avions.

Le temps ! Nous ne supportons plus d'attendre, nous voulons tout le plus vite possible. Pas de délai ! Le confort nous a habitués à une assistance que nous critiquons quand elle bénéficie aux pauvres, qui en ont pourtant beaucoup plus besoin de nous. Le symbole du confort (et sa réalité !), c'est la chaleur. Quand celle-ci est remise en question, c'est la protestation qui monte.

Autre explication : le froid fait ... parler. Exact ! On ne parle que de ça. La pluie et le beau temps, rien de tel pour délier les langues, créer du lien comme on dit, fabriquer du consensus. A part moi, qui se réjouit du froid "glacé" ? Mais s'il faut compter sur le froid pour se rapprocher les uns des autres, c'est un peu dommage. N'aurions-nous pas autre chose à dire, d'autres motifs de sociabilité ? Si non, c'est plutôt préoccupant.

Gisèle Halimi, qui a froid comme tout le monde, dénonce "la barbarie du froid". Mais oui ! La peur du froid est une vieille hantise de l'humanité. Tout a commencé dans les cavernes, quand il fallait se battre pour les peaux de bêtes et la possession du feu. Aujourd'hui, nous avons vaincu bien de nos ennemis (la faim, la maladie, les animaux), il n'en reste plus qu'un qui nous résiste, un barbare invaincu, lui, le froid !

Tout ça n'est peut-être pas très grave, me direz-vous ? Si c'est grave, parce que c'est tout un état de l'opinion qui se dévoile quand elle grelotte. Un inconvénient normal, le froid, est vécu comme une anomalie. Des dysfonctionnements logiques sont jugés scandaleux. Des revendications impossible à satisfaire sont mises en avant. Aujourd'hui, c'est par rapport au froid, mais demain, et déjà maintenant, et depuis un certain temps, c'est et ce sera pour n'importe quoi. Que devient la scène politique quand y règnent la peur, l'individualisme et la bêtise ?

La barbarie n'est pas dans le froid mais en nous. Elle réside dans notre inintelligence d'une situation, notre impatience d'une solution, notre absence de sagesse, notre refus de la nécessité. Nous sommes devenus des barbares, au sens des anciens grecs : nous refusons de comprendre, d'attendre, de rire de nos petits malheurs.


Bonne soirée glaciale.

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